La polio (partie 1/3)

La polio est une autre maladie emblématique de la théorie microbienne. Emblématique, parce que le succès de sa découverte au 19ème siècle est attribué à la théorie microbienne et à la méthode scientifique moderne ; parce que les symptômes ainsi que les traitements frappent l’imagination (paralysie, poumons d’acier) ; parce qu’elle peut être mortelle ; et parce que la vaccination a permis d’éradiquer complètement cette maladie dans les pays riches, alors que sans ça, il n’y a pas de traitement curatif.

La médecine moderne est à l’origine non seulement de la découverte, mais également de la disparition d’une maladie aux conséquences terribles. Donc, dans l’esprit des gens, c’est encore une victoire éclatante de celle-ci sur un fléau abominable. Et grâce au succès de la vaccination, entre autres, il semble impossible de douter qu’on a affaire à une maladie microbienne.

Seulement, comme on va le voir, il y a de nombreux d’éléments montrant au contraire que cette maladie n’a rien à voir avec un microbe, et même qu’il ne s’agit très probablement pas d’une maladie unique. Autrement dit, la polio n’existe pas.

 

Attention, l’article est long. Si vous n’avez pas le temps de le lire, il y a un résumé à la fin.

 

1)    Données générales sur la polio

 

Officiellement, la polio est une maladie virale entrainant une inflammation de la moelle épinière, du tronc cérébral ou du cortex moteur. Le virus causant la maladie a été isolé en 1908 par Karl Landsteiner. Il est supposé se transmettre par les déjections. Il n’existe pas de traitement curatif contre la poliomyélite. Seul le vaccin protège de l’infection.

90 à 95 % des cas d’infection ne présentent pas de symptômes. Lorsqu’il y en a, cela se traduit par :

–          des symptômes mineurs banals : maux de gorge, toux, fièvre, syndrome grippal, nausées, vomissements, douleurs abdominales, constipation ou, rarement, diarrhée. Ces symptômes disparaissent rapidement d’eux-mêmes.

–          Un syndrome méningé lorsque le virus atteint le système nerveux central (céphalées, douleurs cervicales et dorsales, fièvre, nausées, vomissements, léthargie). Ou une forme encéphalique constatée presque exclusivement chez le nourrisson (fièvre élevée, modifications du comportement, crises convulsives généralisées, paralysie spastique, éventuelle paralysie faciale périphérique isolée). Là aussi, ces symptômes disparaissent tout seuls. (Note : la paralysie spastique consiste en l’étirement rapide d’un muscle, qui entraine ensuite une contraction réflexe qui dure un certain temps. En pratique, la personne n’arrive plus à rétracter le membre atteint et à peine à le bouger)

–          Une maladie paralytique qui se traduit par la survenue d’une faiblesse musculaire croissante, jusqu’à la paralysie complète. Des symptômes mineurs (décrits plus haut) sont suivis après quelques heures de paralysies flasques sans que la personne ne perde le sens du toucher. L’atteinte est toujours asymétrique. La poliomyélite spinale affecte la colonne vertébrale et entraine le plus souvent la paralysie des jambes, mais parfois des bras. Dans le cas de la polio bulbaire, la capacité respiratoire est réduite (ce qui peut conduire à la mort en l’absence d’aide respiratoire), et des troubles de la déglutition et de la parole se manifestent. La forme bulbospinale combine à la fois forme spinale et bulbaire.

 

Voici un tableau obtenu sur Wikipédia donnant la proportion de cas sans et avec symptômes.

Situations cliniques

Situation

Proportion de cas

Asymptomatique

90-95 %

Symptômes mineurs

4-8 %

Méningite aseptique non-paralytique

1-2 %

Poliomyélite paralytique :

0,1-0,5 %

  • Polio spinale

79 % des cas paralytiques

  • Polio bulbospinale

19 % des cas paralytiques

  • Polio bulbaire

2 % des cas paralytiques

 

Selon Wikipédia, le taux de mortalité est le suivant :

« La guérison est la règle chez les sujets porteurs d’une poliomyélite abortive. En cas de méningite aseptique les symptômes peuvent persister de deux à dix jours mais l’évolution est presque toujours favorable.

En l’absence d’assistance respiratoire, les formes s’accompagnant d’atteinte respiratoire évoluent vers les pneumopathies d’inhalation et vers l’asphyxie. Au total, 5 à 10 % des poliomyélites paralytiques évoluent vers la mort par paralysie des muscles respiratoires. Le taux de mortalité varie selon l’âge : 2 à 5 % des enfants, 15 à 30 % des adultes décèdent des suites de la maladie. La poliomyélite bulbaire est la plus meurtrière, constamment mortelle en l’absence de traitement et d’assistance respiratoire et tuant 25 à 75 % des patients pris en charge. La ventilation mécanique en pression positive, méthode de ventilation artificielle de référence à l’heure actuelle, permet de réduire la mortalité à 15 %.« 

Donc, sur la totalité des poliomyélites paralytiques, on a seulement 5 à 10 % de morts. Autrement dit, entre 0,005 et 0,05 % des gens infectés meurent. Et entre 0,05 et 0,5 % des gens qui développent des symptômes meurent.

 

Donc, comme on peut le constater, même quand il y a des symptômes cliniques, la paralysie ne représente qu’entre un cas sur 10 et un cas sur 100 (soit 0,5/5 et 0,1/10) ; c’est à dire en moyenne un cas sur 55. Et sur ces cas, seuls 7,5 % en moyenne conduisent à la mort par asphyxie. Donc, seul un cas symptomatique sur environ 715 va entrainer la mort.

Autrement dit, sur une épidémie de 10.000 personnes (on parle ici uniquement des cas avec symptômes), il y a seulement 180 cas de paralysie et sur ceux-ci, 14 morts. 9.820 cas ne présentent que des symptômes assez lambda qui guériront tout seul. Et pour une épidémie de 10.000 personnes, il faut qu’au moins 100 à 200.000 personnes aient été infectées.

La moitié des patients atteints de poliomyélite spinale récupère totalement, un quart récupère avec des séquelles modérées et un quart présente un handicap sévère. Donc, même sur les 180 cas en question, 90 récupéreront, 45 auront des séquelles modérées et 45 auront un handicap sévère.

Cela dit, élément important, il faut savoir qu’à l’époque, comme on n’était pas encore capable d’identifier la présence d’anticorps ou d’antigènes du virus, on se reposait surtout sur les symptômes pour diagnostiquer la polio, et en particulier sur la paralysie. Donc, les chiffres des épidémies des années 1907 à 1950 incluaient essentiellement des cas paralytiques. Et ça n’a pas été modifié depuis. Donc, quand on parle d’une épidémie ayant eu lieu entre 1907 et 1950, il s’agit généralement à 75 à 95 % de cas paralytiques (plutôt 90-95 % vers 1907, et 20-25 % vers 1950). Ce qui signifie que le nombre de contaminations était en fait bien plus important.

 

2)    Histoire de la polio

 

L’histoire de la maladie est extrêmement instructive. Elle donne des éléments majeurs pour comprendre de quoi il retourne.

Première chose marquante : avant la fin du 19ème siècle, la polio est une maladie quasiment inexistante. Il n’y a non seulement quasiment pas d’épidémie, mais il y a même peu de cas.

Au début du 19ème siècle, on commence à parler un peu des paralysies des enfants, ou de paralysie en général. On parle de « paralysie dentaire », « paralysie spinale infantile », « paralysie essentielle des enfants », « myélite des cornes antérieures », « téphromyélite ». Mais ça en reste là.

En 1840, un certain Jakob Heine décrit soi-disant le premier cas de poliomyélite. Mais en fait, présenter la chose comme ça, c’est surtout faire une analyse après coup. Rien ne dit que Heine décrit bien un cas de polio (même en croyant à la théorie officielle). Et lui-même n’appelle pas ça polio, mais  » état paralysant des extrémités inférieures ».

Ce n’est qu’en 1874 qu’Adolphe Kussmaul donne pour la première fois le nom de polio à la maladie.

Un pédiatre suédois appelé Karl Oskar Medin, qui travaillait aussi sur la tuberculose et la méningite, a été le premier à décrire une épidémie de polio, en 1890 (concernant 44 cas constatés en 1887 à la polyclinique de Stockholm). Avec la description de la maladie fournie précédemment par Heine, on a d’abord appelé la polio la « maladie de Heine-Medin ».

Donc, on constate que la description complète de la maladie n’a en réalité pas été faite avant 1890. En effet, si on enlève le caractère épidémique transmissible, un problème de paralysie peut-être causé par beaucoup de choses. Donc, on ne peut pas considérer que Heine avait décrit la maladie de façon complète. C’est seulement à postériori qu’on a décrété qu’Heine avait parlé de polio.

Et surtout, il n’y a pas d’épidémie de grande ampleur avant le 20ème siècle.

La première épidémie est donc celle de 1887 décrite par Medin, et ne concerne que 44 cas. On observe par la suite 26 cas à Boston dans le Massachusetts en 1893. Une autre survient dans le Vermont en 1894, avec 132 cas au total (dont 18 décès) ; avec plusieurs cas chez des adultes. Cela-dit, dans ce dernier cas, on n’est pas parvenu à faire le lien entre les cas de paralysie, et à confirmer le caractère contagieux de la maladie. Donc, c’est que ça ne devait pas particulièrement sauter aux yeux.

Donc, avant le 19ème siècle, personne n’en a entendu parler. Et durant pratiquement tout le 19ème siècle, ça reste une maladie inexistante d’un point de vue épidémique. Ce n’est qu’à la toute fin de ce siècle qu’il y a une ou deux micro-épidémies avec quelques morts. Bref, même à ce moment-là, c’est juste une petite maladie confidentielle.

Et tout d’un coup, paf, il se met à y avoir des épidémies importantes partout. Ça commence par la Suède et la Norvège en 1905 (environ 1000 cas dans chaque pays). Puis ça continue à New-York en 1907 (2.500 cas). Puis en Autriche en 1908 (dans les 700 cas). En 1909, on en a en Allemagne (700), à nouveau en Autriche (700), et aux USA (3.500). En 1910, on en a dans les 600 au Canada et 6.000 aux USA. En 1911, on en a en Angleterre (1.000), en Suède et Norvège (5.000), et aux USA (2.500). En 1912, on en a dans les 800 en Angleterre et 4.000 aux USA. En 1916, 27 000 cas et 6 000 décès sont répertoriés aux États-Unis dont 2 000 morts pour la seule ville de New York.

Puis, les épidémies vont devenir de plus en plus importantes au fur et à mesure du temps. Pour atteindre par exemple 57.000 cas aux USA en 1952.

Tout ça est extrêmement bizarre. Et d’autant plus bizarre que la polio est censée se transmettre par les déjections humaines. Or, au 19ème siècle, sous l’influence des partisans de la théorie miasmatique, on a construit partout des systèmes d’égout dans les villes. Donc, s’il avait dû y avoir des épidémies, c’est avant l’amélioration de l’hygiène dans les villes qu’elles auraient dû se déclarer, pas après.

Et avec l’amélioration générale de l’hygiène, l’importance des épidémies aurait dû aller décroissante. Alors que c’est exactement l’inverse qui s’est passé.

Ça n’a strictement aucun sens. C’est complètement anormal. Surtout que ce n’est pas comme si la maladie venait d’apparaitre (comme par exemple le sida dans les années 80). Elle est au contraire supposée exister depuis des temps immémoriaux.

Il est donc clair que les épidémies ont été inventées.

Comment les a-t-on inventées ? Eh bien, en prenant des cas de paralysie occasionnés par d’autres maladies et en les mettant dans la catégorie « polio », en en inventant purement et simplement ex-nihilo, et aussi en en créant.

Un élément intéressant est que les maladies paralytiques n’étaient pas rares à l’époque. On apprend par exemple dans le l’ouvrage « Mortality Statistics, Volume 8 », U.S. Government Printing Office, 1909, page 65, qu’il y a eu 8.000 morts de paralysies de caractère indéfini aux USA en 1907. Ça veut dire qu’il devait y avoir facilement 5 fois plus de paralysies non mortelles, soit au moins dans les 50.000 paralysies par an.

Donc, on pouvait facilement piocher des cas là-dedans pour inventer des cas de polio.

Il faut savoir aussi que certaines substances peuvent provoquer des paralysies. C’est le cas du mercure, de l’arsenic et du plomb. Or, le mercure et l’arsenic étaient utilisés dans de nombreux médicaments. L’arsenic et le plomb étaient également utilisés comme pesticides qu’on épandait sur certaines cultures.

En plus de piocher dans les cas de paralysie qu’il y avait par ailleurs et de déclarer qu’on avait des cas de polio, on a dû tout simplement inventer des cas qui n’existaient pas.

 

Bien évidemment, la première grande épidémie, celle de 1905 en Suède, est louche.

Elle est rapportée par Ivar Wickman, un élève d’Oskar Medin. 1025 personnes tombent malades. 157 n’ont que des troubles bénins, et 868 se retrouvent paralysés de façon temporaire ou permanente. 145 meurent durant les 15 premiers jours, soit 16,7 % (page 288 du livre de Wickman « Beiträge zur Kenntnis der Heine-Medin’schen Krankheit« ).

Seulement, cette soi-disant épidémie était surtout une construction théorique de Wickman. Et son étude prêtait fortement le flanc à la critique. A l’époque, la théorie que la polio était contagieuse restait très controversée, et Wickman voulait prouver cette théorie. Il n’était pas neutre, et il y avait donc évidemment soupçon qu’il ait pu arranger ses résultats pour coller à ses présupposés. Par ailleurs, n’ayant à ce moment-là aucun moyen de prouver que les cas de paralysie en question étaient de la polio (il n’avait pas de moyens d’identification de la maladie, et officiellement, il y a plein d’autres causes possibles de paralysies infantiles), son étude était sans valeur. Sa comptabilisation des cas ne reposait en fait que sur ses a priori. Sans compter qu’il n’avait pu analyser lui-même qu’un peu plus de 300 cas sur les 1025 ; les informations sur les autres cas lui ayant été communiquées par des médecins.

Et puis, on apprend ici et ici que la Suède et la Norvège ont commencé à notifier les cas de polio justement en 1905. Donc, il est très probable que l’étude de Wickman avait été commanditée officiellement. On pourrait répondre que c’est au contraire à cause de son étude que la Suède a décidé de faire notifier les cas de polio. Mais celle-ci n’est parue qu’en 1907. Donc, le gouvernement suédois aurait dû attendre le livre pour décider de faire notifier les cas. On pourrait éventuellement dire que le gouvernement a été mis au courant des résultats de l’étude assez tôt. Mais il fallait tout de même le temps que Wickman fasse un travail d’écriture minimum pour que son étude soit exploitable. Et il aurait fallu ensuite le temps que le gouvernement se décide à promulguer la loi. Tout ça aurait amené l’édiction de la loi à 1906 au minimum. Et puis, de toute façon, on imagine mal que Wickman ait décidé tout seul de réaliser son étude. Pour sillonner la Suède à la recherche de cas, il lui fallait un soutien financier. Donc, selon toute probabilité, son étude a été financée par l’état, ou au moins de hautes autorités médicales. Se posent alors plusieurs questions. Pourquoi l’état ou certaines autorités médicales ont commandité une étude sur la polio, alors que jusque-là, il n’y avait eu aucune épidémie ? Et pourquoi faire réaliser l’étude par Wickman, qui était l’élève et parfois l’assistant de Medin, et qui, en accord avec ce dernier, croyait que la polio était contagieuse ? Donc, pourquoi orienter immédiatement l’étude vers l’idée que c’était une maladie microbienne, alors qu’à l’époque, les avis étaient encore extrêmement partagés sur la question ? Et comment pouvaient-ils obliger à notifier les cas de polio alors qu’on n’avait pas encore d’outil pour la différencier de plein d’autres maladies entrainant aussi des paralysies ?

Tout c’est est donc très louche. Il semble clair que dès le départ, les autorités suédoises ont voulu inventer une épidémie en choisissant un médecin aux opinions orientées sur le sujet. On fait croire que Wickman était à l’origine de la chose, alors qu’en fait, il y avait derrière lui une volonté située au plus haut niveau de l’état.

Et bien sûr, ce qui vient d’être dit sur la Suède est valable pour la Norvège.

On peut penser que l’épidémie de Norvège de 1905 a servi à valider en partie celle de Suède. Si les choses avaient été circonscrites à la Suède, beaucoup de partisans de la théorie opposée (polio non contagieuse) auraient pointé du doigt les faiblesses de l’étude de Wickman, et n’auraient pas cru à l’épidémie. L’étude n’aurait pas été considérée comme suffisamment sérieuse, et en tout cas pas suffisante pour trancher la question de la contagiosité de la maladie dans un sens ou dans un autre.

 

L’épidémie suivante est du même acabit. Celle-ci survient en Amérique en 1907. Environ 2 500 cas de poliomyélite sont recensés à New York. C’est la première grande épidémie aux USA.

Ici aussi, l’épidémie est analysée en fait après coup, pour l’essentiel des cas. Donc là aussi, il s’agit d’une reconstruction a postériori.

C’est ce qu’on peut constater dans l’article « The Present Methods of Management of Poliomyelitis in New York City » par Tilney, Frederick M.D :

« En 1907, l’épidémie de New-York, totalisant environ 2.500 cas, ne fut pas découverte avant qu’un large nombre de paralysies chez des enfants ait attiré l’attention dans les dispensaires. Aucunes mesures officielles ne furent prises, mais en octobre 1907, la « Neurological Society » nomma un comité pour étudier l’épidémie de cette année, constitué de neurologues, pédiatres, bactériologistes et orthopédistes. Le résultat de l’analyse de 752 cas fut présenté dans un ouvrage appelé « Epidemic Poliomyelitis; Report of the Collective Investigation Committee on the New York Epidemic of 1907 ».« 

Donc, là aussi, on a une épidémie qui est analysée après l’évènement. Et là aussi, il n’y avait encore aucun instrument de diagnostic permettant de dire qu’on avait bien affaire à de la polio.

Au passage, on parle ici de seulement 752 cas analysés. Donc, peut-être que 1.748 cas ont été plus ou moins inventés, histoire de gonfler les statistiques.

 

Mais c’est surtout ce qui se passe juste après qui est intéressant : en particulier les personnes impliquées, ainsi que les méthodes qui ont été introduites à l’occasion. C’est en effet avec ces méthodes qu’on a pu commencer à créer des cas.

Concernant les personnes impliquées, c’est à partir de ce moment-là qu’on commence à voir l’influence très importante des Rockefeller dans la genèse de la polio.

Déjà, il y a l’isolement du virus. A cause des épidémies précédentes, la recherche s’active sur le sujet. Et seulement un an après l’épidémie, en décembre 1908 les autrichiens Karl Landsteiner et Erwin Popper réussissent à transmettre la polio d’un humain supposément contaminé à des singes. Seulement, ils n’arrivent pas à la transmettre d’un singe à un autre.

C’est Simon Flexner qui est le premier à le faire dès 1909. Or, qui est Simon Flexner ? Eh bien le directeur de l’Institut Rockefeller, fondé en 1901 (il l’a été de 1901 à 1935). Cet institut a vocation de faire de la recherche en médecine.

Or, on sait maintenant qui était Rockefeller. C’était un être sans aucun scrupule, utilisant des méthodes de mafieux pour s’imposer. Et il n’y avait pas de raison que ce soit différent dans le monde médical. S’il s’y est intéressé, ce n’était pas par bonté d’âme, mais pour faire un maximum d’argent.

Donc, juste après la première grande épidémie américaine, les Rockefeller se placent comme des éléments majeures de la recherche, et donc de l’arnaque de la polio. En 1911, Bernard Sachs déclare : « Notre savoir actuel sur la méthode possible de contagion est basée presque entièrement sur le travail fait dans cette ville au Rockefeller Institute« 

Au passage, Simon Flexner fait partie des 12 personnes qui forment le comité qui analyse la supposée épidémie (voir le livre « Polio », de Daniel J. Wilson, 2009, page 20). Et c’est Bernard Sachs qui est le directeur de ce comité. Or Bernard Sachs est le frère de Samuel Sachs, membre de la tristement célèbre Banque Goldman-Sachs (fondée en 1869). Donc, deux des plus importants personnages du comité étaient liés à des intérêts financiers aux méthodes mafieuses.

Il est donc presque certains que la constitution de ce comité avait pour but d’inventer de toute pièce une épidémie (a postériori), afin de consolider la théorie microbienne de la polio. Une bonne partie, si ce n’est la totalité, des médecins de moindre importance faisant partie du comité devait être achetée. Et de toute façon, l’important était de pouvoir glisser des données allant dans le sens d’une maladie microbienne transmissible. Ensuite, l’exploitation de ces données serait faite par les journaux aux ordres et les autorités politiques et médicales corrompues. On comprend alors l’intérêt de placer l’épidémie à New-York. Vu que c’est là qu’il y avait l’Institut Rockefeller, ainsi que d’autres docteurs corrompus comme Sachs, c’était plus facile de mettre au point l’arnaque à cet endroit. Et ça permettait plus facilement à l’Institut Rockefeller de devenir immédiatement le chef de file mondial de l’étude de la polio. Chose qu’il est devenu vers 1909-1910, ainsi que nous l’apprend dans ce document Christopher J. Rutty, un spécialiste canadien de la polio.

« En 1909-10, l’Institut Rockefeller Pour La Recherche Médicale de New York, dirigé par le Dr Simon Flexner, est devenu le pôle principal de recherche sur la polio.« 

 

Les choses deviennent encore plus intéressantes après. En effet, c’est là que sont mises au point les méthodes d’identification et de traitement de la polio.

Un premier élément très important est la méthode de diagnostic. Au début du 20ème siècle, pour les cas un peu douteux, on prélevait du liquide céphalo-rachidien (autrement appelé liquide cérébro-spinal) via une ponction lombaire.

C’est ce qu’on peut lire ici (article de Simon Flexner, 15 octobre 1910, « The Journal of American Medical Association » volume 55, numéro 16) :

« La raison de recommander que la ponction lombaire soit effectuée dans les cas de paralysie infantile douteuse est d’arriver au un diagnostic correct le plus tôt possible. Nous sommes encore très ignorants de l’étendue réelle des épidémies de poliomyélite, et dès lors, nous somme empêchés de pratiquer la prudence en limitant sa propagation.  Ce qu’il nous faut surtout apprendre est la fréquence avec laquelle les cas de poliomyélite qui ne développent pas la paralysie se produisent, et quels sont alors les symptômes principaux, car les cas dits avortés pourraient être le moyen insidieux de transmission de l’infection. En outre, il n’est pas rare que se produise une forme de poliomyélite antérieure qui simule si bien les épidémies de méningite qu’elle est souvent confondue avec cette maladie. Je peux parler avec certitude sur ce point en raison de sa fréquence.« 

Seulement, le risque de la ponction lombaire, c’est justement de provoquer des céphalées, des faiblesses musculaires, des douleurs dans le dos, voire des paralysies. C’est-à-dire, exactement les symptômes de… la polio.

Bien sûr, la paralysie temporaire ou définitive induite par la ponction lombaire ne concerne pas grand monde (une personne sur 1.000, voir ici). Mais déjà, comme c’était une technique récente, beaucoup devaient mal la maitriser, ce qui devait augmenter les cas de paralysie. Il devait donc y en avoir plus que maintenant. Et puis, comme les choses survenaient par épidémies, les médecins devaient être submergés de cas en peu de temps. Ils avaient alors moins de temps pour bien faire les ponctions, ce qui devait diminuer la qualité de celles-ci et entrainer plus de paralysies. Donc, à l’époque, peut-être que ça entrainait plutôt une paralysie sur 200. Mais surtout, tout dépend du nombre de gens sur lesquels on la pratiquait. Si on faisait 100.000 ponctions lombaires, et que ça entrainait une paralysie (temporaire ou non) sur 0,5 % des gens, on obtenait alors 500 paralysés. Or, comme on le verra plus loin, on peut penser qu’aux USA, dans les années 30 ou 40, on pratiquait dans les 1 million de ponctions lombaires en 100 jours. Donc, 5.000 paralysies étaient possibles. Probablement que dans les années 1910-1920, on en pratiquait pas autant ; mais en même temps, on les maitrisait moins.

Par ailleurs, si la paralysie due à la ponction lombaire est rare, les faiblesses musculaires le sont apparemment moins. C’est ce qu’on constate sur cette page de Doctissimo et sur celle-là. Or, à l’époque, lors des périodes d’hystéries sur le sujet, ça pouvait aisément être diagnostiqué comme de la polio paralytique. Donc, avec ces cas-là, on pouvait fortement gonfler le nombre de paralysies comptabilisées.

Et les maux de tête, les vertiges et le mal de dos, eux, sont fréquents après une ponction lombaire. Les trois premiers peuvent durer 15 jours, et les douleurs dans le dos 2 mois. Donc, très souvent, on avait des symptômes qu’on pouvait attribuer à la polio (les cas de type méningite). Bien sûr, au départ, dans les années 1910-1930, comme on comptabilisait surtout les cas avec paralysie, ça avait moins d’incidence. Mais les cas non paralytiques concernaient tout de même dans les 10 ou 15 % de l’ensemble. Donc, ça n’était pas complètement négligeable. Et dans les années 1940-1950, ce taux a dû augmenter et passer plutôt à 20-25 %.

C’est peut-être à cause du fait que les symptômes de type méningite sont fréquents après une ponction lombaire qu’on a déclaré qu’une bonne partie des cas de polio symptomatiques manifestent des problèmes de ce genre. Et c’est parce que la plupart du temps, ces symptômes de maux de tête, de vertiges et de mal de dos finissent par disparaitre d’eux-mêmes, qu’on a dit que les symptômes de type méningite de la polio disparaissent tous seuls.

Donc, à l’époque, il y a dû y avoir plein de cas de paralysie attribués à la polio qui ont en fait été provoqués par les ponctions lombaires.

Sur 1000 personnes à qui on faisait une ponction lombaire pour déterminer si elles avaient la polio, peut-être que seulement 5 devenaient plus ou moins paralysées (temporairement ou non), 100 avaient une faiblesse musculaire qu’on considérait alors comme étant une polio paralytique et 200 avait des symptômes de type méningite. Si, lors d’une épidémie, on réalisait la ponction lombaire sur 100.000 personnes, on pouvait obtenir 500 paralysés, et 10.000 avec une faiblesse musculaire. Donc, en n’étant pas trop rigoureux, on pouvait obtenir 10.500 diagnostics de polio avec paralysie. Et justement, en période d’épidémie, comme on avait tendance à voir des cas partout, on avait des critères beaucoup moins drastiques pour établir un diagnostic de polio.

Est-ce que la ponction lombaire était faite fréquemment ? Eh bien il semble que oui.

Dans le livre « Polio », Thomas M. Daniel, Frederick C. Robbins, University Rochester Press, 1 mai 1999 – 216 pages, on a le témoignage du Dr Thomas M. Daniel à partir de la page 79 :

On apprend que Daniel était alors étudiant en 4ème année de médecine à la Harvard Medical School de Boston. Les évènements relatés datent d’aout 1954, durant une épidémie de polio. Il se trouvait à ce moment-là au Haynes Memorial Infectious Disease Hospital.

« Tous les jours, j’admettais des patients – beaucoup d’entre eux était des enfants, d’autres de jeunes adultes – malades depuis un ou deux jours, qui se plaignaient de fièvre, de maux de tête, et de torticolis. La plupart étaient allés voir un docteur. Parfois un docteur était venu les voir chez eux. La plupart savait qu’ils pouvaient avoir la polio. Souvent, le docteur avait écouté leur histoire rapidement et les avait envoyés directement vers nous sans effectuer d’examen.« 

« Mon travail d’admission se terminait toujours avec une ponction lombaire, opération très redoutée.« 

En résumé, quand le docteur ne savait pas trop quoi penser, il envoyait le patient à l’hôpital. Et ça devait arriver souvent, vu que les symptômes décrits ressemblent fortement à une grippe ou à des maux de tête, un torticolis avec fièvre, etc… Les cas douteux évoqués plus haut devaient être légion. Et à l’hôpital, quel que soit le cas, l’examen se terminait toujours avec une ponction lombaire.

On lit également ici que la ponction lombaire est rapidement devenue la méthode principale de diagnostic de la polio :

« La ponction lombaire a été introduite en 1891 comme moyen de soulager les enfants hydrocéphales (pression sur le cerveau venant de l’accumulation de liquide) et a rapidement commencé à être utilisé comme moyen principal de diagnostic de la polio.« 

Dans le livre « Living with Polio: The Epidemic and Its Survivors », Daniel J. Wilson, University of Chicago Press, 15 août 2007 – 312 pages, on trouve pages 24/25 les informations suivantes :

« Pour faire un diagnostic de polio non paralytique, le médecin devait faire la différence avec d’autres maladies possibles, ceci incluant diverses formes de méningite, des virus à coxsackie, des mononucléoses infectieuses, des encéphalites virales, les rhumatismes articulaires, la pneumonie, et l’amygdalite aigue.

Une ponction lombaire était le seul test de laboratoire fiable pour diagnostiquer la polio et était généralement fait peu de temps après que le patient ne soit arrivé à l’hôpital.

… La ponction lombaire était à son efficacité maximum quand elle était pratiquée tôt dans le cours de la maladie, avant que la paralysie n’apparaisse.« 

« En théorie la polio paralytique était plus facile à diagnostiquer, spécialement durant les épidémies, parce que la paralysie permettait de la distinguer. Cependant, ici, le médecin consciencieux avait besoin de déterminer si la maladie prenait la forme spinale, qui impliquait les nerfs de la moelle épinière ; la forme bulbaire, qui affectait les nerfs crâniaux ; la forme bulbospinale, qui affectait aussi bien les nerfs crâniaux et spinaux ; ou la forme encéphalique qui était rare, qui affectait le cerveau. En plus, certaines autres maladies entrainaient aussi une faiblesse musculaire et/ou une paralysie, et elles devaient donc être écartées. Ca incluait le syndrome de Guillain-Barré, l’encéphalite virale, la tumeur de la moelle épinière, les traumatismes non identifiés, les rhumatismes articulaires aigus, le scorbut, et l’ostéomyélite. Ici aussi, l’examen du liquide céphalo-rachidien après une ponction lombaire était l’outil le plus certain pour le diagnostic de la polio. »

On voit qu’en fait, d’autres maladies pouvaient entrainer des symptômes similaires à la polio non-paralytique et paralytique. Or, seule la ponction lombaire pouvait permettre de déterminer si on avait bien affaire à la polio.

Les médecins généralistes n’ayant pas les compétences pour pratiquer cet examen, la ponction lombaire était pratiquée systématiquement à l’hôpital.

Ce qui est intéressant aussi c’est qu’il est dit qu’on faisait la ponction lombaire très tôt, avant que la paralysie n’apparaisse. Donc, ça veut dire qu’on pouvait transformer des cas bénins en cas graves, et surtout, des cas non paralytiques en cas paralytiques.

Donc, la ponction lombaire devait être pratiquée souvent (et systématiquement lorsque le patient allait directement à l’hôpital). Ça n’était pas un truc anecdotique. Bien sûr, un certain nombre de cas devait être diagnostiqué avec les seuls symptômes, mais beaucoup l’étaient avec l’aide de la ponction lombaire.

Donc, grâce à la ponction lombaire, on créait des cas de polio paralytique artificiellement. Or, l’idée de la ponction lombaire venait en grande partie de Flexner. En effet, déjà, comme il avait « démontré » que le virus voyageait directement par les nerfs du nez et ne passait pas par le sang, il ne servait à rien de le chercher là. Le seul moyen de diagnostiquer la polio était d’analyser la moelle épinière. Donc, ça induisait le principe de la ponction lombaire pour détecter la polio.

D’un autre côté, c’est vrai que ça induisait qu’il n’y avait aucun espoir de trouver des anticorps chez un patient (au moins dans la phase de développement de la maladie), vu que c’est normalement dans le sang, les tissus ou le système lymphatique qu’ils auraient dû se former. Donc, finalement, il n’y avait pas de raison d’analyser le liquide céphalorachidien, puisqu’on ne pouvait pas y trouver d’anticorps contre le virus. Cela dit, on aurait peut-être pu avoir un « sérum de diagnostic » (une sorte de test d’anticorps de l’époque) si le virus s’était retrouvé dans liquide céphalorachidien. Avec du sérum venant de personnes guéries de la polio, on aurait pu avoir des anticorps, qui auraient pu précipiter avec le virus en étant en contact avec le liquide céphalorachidien. Mais, il semble que le virus n’était pas présent non plus à cet endroit. Il ne l’était apparemment que dans les nerfs, le cerveau et les tissus de la moelle épinière. Ou au moins, il était présent en trop faible quantité dans le liquide céphalorachidien pour faire réagir un tel test (là aussi, en tout cas au début de l’infection). Chose, qui était là encore plus ou moins induite par les expériences de Flexner.

Vu comme ça, il n’y avait a priori pas de raison d’analyser le liquide céphalorachidien. Seulement, l’analyse visuelle de celui-ci était une des modes de l’époque pour les maladies impliquant le cerveau ou la moelle épinière. Donc, à cause de l’impossibilité de trouver des anticorps ou même le virus, le seul moyen de diagnostiquer la polio était d’analyser la composition du liquide céphalorachidien (clarté, présence de protéines, de globules blancs, etc…). Au final, les expériences Flexner conduisaient à ça.

Bien sûr, même sans ça, on aurait eu tendance à analyser le liquide céphalorachidien, puisque c’est dans la moelle épinière que la polio paralytique se déclarait. Mais si le travail de Flexner n’avait pas impliqué qu’on ne pouvait pas détecter le microbe dans le sang, on aurait peut-être essayé de mettre au point un sérum de diagnostic, chose qui était en vogue à l’époque. En 1900, il y en avait déjà pour le choléra, la typhoïde, la tuberculose, etc.. (voir livre « Manual of Serum Diagnosis », Charles Bolduan, 1904). Et vu que peut-être que tous les chercheurs n’étaient pas complètement sous contrôle, peut-être que l’un d’entre eux, assez avide de gloire, aurait fini par en « trouver » un (comprendre, en inventer un). Du coup, la ponction lombaire aurait été probablement beaucoup moins répandue comme moyen de diagnostic de la polio. On aurait utilisé un prélèvement sanguin dans la plupart des cas. D’où la nécessité de supprimer d’emblée cette possibilité en affirmant que la polio ne passait pas par le sang.

Et au-delà de cette problématique initiale, Flexner a été un des plus grands promoteurs de la ponction lombaire pour le diagnostic de la polio. D’ailleurs, il la préconisait déjà pour la méningite depuis au moins 1905. Et vu l’influence qu’avait l’Institut Rockefeller dans le domaine de la polio, forcément, cette technique était appelée à devenir le standard pour le diagnostic de cette maladie. Pourtant, contrairement à d’autres maladies pour laquelle l’analyse du liquide céphalorachidien était utilisée, ici, ça n’avait pas grand intérêt. Autant, pour la typhoïde, ou la tuberculose, on pouvait faire comme un test d’anticorps, autant là, ça ne donnait rien. Donc, l’analyse reposait uniquement sur la clarté du liquide, la présence de globules blancs, de certaines protéines, etc… Rien qui pouvait permettre de conclure qu’il s’agissait de la polio et pas d’autre chose.

Donc, non seulement son travail sur la transmission du virus induisait plus ou moins implicitement l’usage exclusif de la ponction lombaire, mais ensuite, Flexner a fait un travail de propagande pour en répandre l’usage malgré son faible intérêt. Et il est assez évident que ça n’a pas été fait par hasard. Ça a été fait avec le but de créer des cas de polio. Tout ça, pour le compte des Rockefeller.

 

Autre élément très important, la méthode de soin. Il se trouve que quelques années avant, Simon Flexner avait travaillé sur le sérum anti-méningite. L’idée était que le sang d’une personne ayant contracté la maladie et y ayant survécu, ou ayant souvent été en contact avec des malades, devait contenir des anticorps permettant de lutter contre la maladie. On transformait le sang en sérum et on l’injectait chez le patient à traiter.

En fait, le sérum anti-méningite existait déjà. L’apport dans Flexner avait été d’introduire une nouvelle façon de l’administrer (en 1907). Jusqu’ici, celui-ci était injecté par voie sous-cutanée et n’était pas considéré comme très efficace. Cette nouvelle méthode d’injection avait augmenté fortement son efficacité. Le taux de mortalité, qui était de 75 %, avait été diminué de moitié. C’est, sur le site de l’institut Rockefeller (et ici également) :

« Simon Flexner, le premier directeur de l’institut, développa une nouvelle façon de délivrer le sérum anti-méningite.« 

En quoi consistait cette nouvelle méthode d’injection ? Eh bien, au lieu de faire une injection sous-cutanée, Flexner s’était dit qu’il fallait administrer le sérum directement là où le corps en avait besoin, dans le cerveau et la moelle épinière. Il avait donc utilisé une injection intrarachidienne diffusant le sérum dans le liquide céphalo-rachidien.

Or, quel est le risque d’une injection intrarachidienne ? Comme pour la ponction lombaire, celui d’avoir des céphalées, des vertiges, une faiblesse musculaire, ou une paralysie. Bref, exactement les symptômes de la polio, et éventuellement, de la méningite (en dehors des cas de paralysie).

Concernant la polio, dès 1910, les grands laboratoires ont proposé un sérum. Il y en avait deux types, le sérum normal, inventé par les français de l’Institut Pasteur en 1910, et le sérum des convalescents, inventé par le français Arnold Netter en 1915. Le premier était prélevé chez des personnes adultes lambda, mais dans une communauté ou la prévalence de la polio était assez élevée. Comme on considérait que la plupart des adultes avaient dû rencontrer le microbe, ils avaient donc des anticorps qu’il suffisait de prélever. Le deuxième sérum était pris chez des personnes qui avaient supposément déjà développé la maladie et y avait survécu. Le premier était moins sûr de contenir des anticorps que le premier, mais était moins cher à concevoir, puisqu’on avait accès à beaucoup plus de donneurs potentiels.

Seulement, le sérum était basé sur les travaux de Flexner et d’un certain Paul Lewis (de la Johns Hopkins University de Baltimore). Ceux-ci travaillaient ensemble et avaient en effet « démontré » en 1909 qu’injecter du sérum de singes ayant survécu à la maladie offrait une protection aux singes nouvellement infectés.

Par ailleurs, comme on l’a vu, Flexner avait « démontré » que le « virus » ne voyageait pas dans le sang, mais passait directement dans le cerveau et la moelle épinière via les nerfs du nez. Donc, encore une fois à cause de ses travaux, l’idée d’une injection dans le sang était exclue. Et logiquement le sérum était administré par voie intrathécale (dans le liquide céphalo-rachidien).

La procédure constituait en une première injection intraveineuse, puis de deux ou trois injections intrathécales espacées d’une journée. Pour ces dernières, on utilisait entre 15 et 20 millilitres de sérum. C’est ce qu’on peut lire dans le livre « Labour in the Laboratory: Medical Laboratory Workers in the Maritimes, 1900-50« , de Peter Twohig, McGill-Queen’s Press – MQUP, 4 mai 2005 – 241 pages, page 48 :

« La dose devait être donnée par voie intraveineuse quand le patient se présentait pour la première fois et que le diagnostic était établi. C’était suivi de deux injections intraspinales entre 15 et 20 millilitres, avec un jour d’intervalle. Des doses plus faibles étaient données aux jeunes enfants.« 

On peut aussi lire ça ici  (American Journal of Nursing, juin 1929, Volume 29 – Issue 6 – page 731) :

« La méthode qui a la préférence est la combinaison d’injections intraveineuses et intraméningées du sérum convalescent humain. Les deux injections sont faites pratiquement au même moment, la dose la plus importante étant bien sur donnée de façon intraveineuse. Cette injection n’est pas répétée, alors que les injections intraspinales sont répétées deux ou trois fois sur des jours successifs.« 

On peut constater ici que ce n’est pas une seule injection qui était réalisée, mais deux ou trois.

Donc l’idée du sérum, et celle de l’injecter dans la moelle épinière venaient encore une fois de Flexner, et indirectement des Rockefeller. Sans Flexner, pas de sérum. Et même s’il y avait eu sérum par ailleurs, celui-ci aurait peut-être été injecté dans le sang (c’est ce qui se faisait jusque-là). Et du coup, il y aurait eu beaucoup moins de cas de paralysie.

Par ailleurs, on dit maintenant officiellement que le sérum antipolio était bidon, contrairement à ce qu’avaient laissé entendre Flexner et Lewis. Il ne marchait pas. Donc, ça veut dire que Flexner et Lewis avaient truqué leurs résultats concernant son utilité. Manifestement, ils n’étaient pas honnêtes. Mais quel était alors l’intérêt de proposer une injection dans la moelle épinière ? Proposer le sérum, d’accord, on comprend. Ça devait être pour faire gagner de l’argent aux Rockefeller et à d’autres grands magnats de cette époque. Mais l’injection dans la moelle épinière. Quelle utilité ? Eh bien, c’était de créer des cas.

Avec cette histoire de sérum, on peut revenir sur les informations données dans le livre « Living with Polio ». Il était dit entre autres qu’on faisait une ponction lombaire même en cas de diagnostic de polio paralytique (afin de déterminer le type de polio auquel on avait affaire, et aussi d’écarter la possibilité d’autres maladies paralytiques). Ça veut dire que si une personne avait déjà des symptômes de paralysie, on pouvait les aggraver avec la ponction lombaire.

Pourquoi aurait-elle déjà eu ces symptômes ? Eh bien par exemple parce qu’elle se serait fait injecter du sérum préventivement. L’ordre de réalisation des deux opérations n’était pas forcément avec la ponction lombaire d’abord, puis l’administration du sérum. Ça pouvait être l’inverse si la personne se faisait injecter le sérum préventivement. A cause de ça, elle pouvait commencer à avoir des symptômes cliniques divers, dont éventuellement un début de paralysie ou une faiblesse musculaire. On faisait alors une ponction lombaire, et la paralysie s’aggravait, ce qui confirmait le diagnostic de polio.

Donc, avec l’injection du sérum dans la moelle épinière, on pouvait créer encore plus de cas qu’avec la ponction lombaire seule. Surtout qu’il y avait 2 ou 3 injections, donc 2 ou 3 fois plus risque de développer une paralysie ou une faiblesse musculaire. Et puis, le sérum n’était pas supposé entrainer une immunité longue. Au bout de 5 semaines environ, il fallait refaire des injections pour être protégé.

Par ailleurs, comme là, on injectait un liquide, les conspirateurs à l’origine de cette histoire de polio pouvaient éventuellement y inclure des produits favorisant la paralysie dans certains lots, les années où ils voulaient créer des épidémies.

 

Donc, aussi bien avec la technique de diagnostic qu’avec le traitement, on créait la maladie.

Si la personne n’avait pas eu les symptômes à cause de la ponction lombaire, elle pouvait les avoir avec l’injection du sérum anti-polio. Et si elle n’était pas totalement paralysée par la ponction, elle pouvait le devenir avec le sérum, et inversement.

En plus de tout simplement créer des paralysies, la ponction lombaire et l’administration du sérum dans la moelle épinière servaient à obtenir des cas pour lesquels dès le départ, on évoquait la polio, et pas des cas avec un diagnostic différent au départ, qui finissait ensuite en diagnostic de polio. Avec les autres causes de paralysie auxquelles on piquait des cas, c’est comme ça que ça se passait. Par exemple, si on donnait des médicaments au mercure pour une supposée syphilis, et qu’on obtenait une paralysie, orienter ensuite le diagnostic sur la polio avait un coté artificiel. Ça en minait quand même la crédibilité. Avec uniquement des diagnostics après coup de ce type, c’était moyen. Alors que là, on posait un probable diagnostic de polio. Puis, la ponction lombaire ou/et le sérum provoquait une paralysie, ou au moins une faiblesse musculaire. Et on avait alors confirmation du diagnostic de polio. Donc, le diagnostic semblait cohérent avec les doutes de départ. Bon nombre de cas lors d’une épidémie devenaient crédibles. Et en retour, les cas plus douteux pouvaient être incorporés plus facilement, vu qu’il n’y avait pas que ça.

C’est probablement pour ça qu’ils ont été obligé d’inventer les épidémies de 1905 et 1907 après coup. A ce moment-là, ils n’avaient pas encore les outils pour créer l’épidémie en direct de façon crédible. Tandis qu’à partir de 1910, c’était le cas.

Ces techniques devaient permettre également de cibler plus particulièrement les enfants. Les autres causes de paralysies devaient avoir tout de même tendance à en provoquer plutôt chez les adolescents ou les adultes (parce que ce sont plutôt ces derniers qui les subissaient, et parce que dans le cas des médicaments, certains devaient entrainer des paralysies après quelques années d’utilisation). Alors que là, on pouvait plus facilement multiplier les cas chez les enfants.

Et puis, ça permettait éventuellement de créer des épidémies artificiellement en mettant du poison dans le sérum, certaines années.

 

3) L’intérêt de l’affaire

 

–          L’intérêt financier immédiat

Il y avait déjà un intérêt financier immédiat à transformer cette maladie quasi inconnue en maladie épidémique majeure : la vente de traitements. L’invention de maladies par l’industrie médico-pharmaceutique dans le but de vendre un médicament est une chose bien identifiée actuellement. Mais on le faisait déjà avant.

Dans les documents grand public, on a tendance à laisser entendre que comme actuellement, on considère qu’il n’y pas de traitement contre la polio, c’était le cas aussi au début du 20ème siècle et qu’on ne proposait rien. C’est totalement faux. Il y avait des traitements.

Comme on l’a vu, le sérum a été proposé peu de temps après, les premières épidémies, en 1910, et il l’a été jusqu’à environ 1935-40. Et ça, bien qu’on n’ait jamais évalué son efficacité réelle (on comprendra pourquoi un peu plus loin).

Ceci s’inscrivait dans un grand mouvement d’engouement pour le principe du sérum, qui avait commencé à partir des années 1890, avec des succès contre la diphtérie ou la méningite. C’était vu un peu comme la panacée pour lutter contre certaines maladies microbiennes. Bien sûr, c’était une arnaque là-aussi, puisque comme les maladies microbiennes n’existent pas, il n’y avait rien à soigner. Mais bon, c’était considéré comme quelque chose d’important. Donc, le sérum antipolio a certainement dû être un très grand succès commercial.

Mais ça n’était pas le seul traitement. On utilisait la quinine, l’adrénaline, la caféine, le chlorure de mercure (II) (ou chlorure mercurique), le calomel, le camphre, le bromure de sodium, la codéine, et la strychnine, etc…

 

–          Atteindre les classes moyennes

Une autre raison de la transformation de la polio d’une maladie quasi inconnue en maladie épidémique majeure est peut-être bien la suivante. Là encore, Christopher J. Rutty nous aiguille (involontairement) vers une partie de la réponse. C’était probablement pour atteindre les classes moyennes. En effet, jusque-là, les maladies microbiennes étaient censées toucher surtout les classes pauvres. C’était un héritage de la théorie des miasmes qui postulait que les maladies miasmatiques (devenues par la suite les maladies microbiennes, pour la plupart) impliquaient une vie dans des endroits étroits, sales, mal aérés, etc… Donc, des endroits où vivaient les classes défavorisées.

Le problème, c’est que les pauvres, ça ne rapporte pas énormément d’argent. Bien sûr, au 19ème siècle, on avait incité les riches à donner beaucoup pour soigner les classes pauvres ; d’où toutes les organisations caritatives de l’époque, et les grands programmes de salubrité publique (égouts, travaux d’aménagement des marais, hôpitaux avec des grandes pièces bien aérées, construction de logements bien aérés pour les ouvriers, etc…). Mais c’est toujours mieux de prendre l’argent à la source. Le problème, c’est que les pauvres n’en ont pas, et que les très riches ne constituent pas une source de revenu énorme. On les fait payer plus cher pour leur santé, mais de par leur faible nombre, ça reste un marché limité. L’avènement de la classe moyenne, qui ne bénéficiait pas d’aide de la part des riches, mais qui avait de l’argent à dépenser pour sa santé, ouvrait un nouveau marché lucratif. Mais comme on considérait que les maladies microbiennes (qui étaient le grand truc de l’époque) touchaient essentiellement les personnes vivant dans des endroits insalubres et s’épuisant à la tâche -bref, les pauvres-, on pouvait encore difficilement atteindre cette catégorie montante de la population. D’où la mise en avant de maladies considérées comme touchant plus les classes moyennes que les pauvres.

C’est ce qu’on peut voir dans le texte de Christopher J. Rutty :

« Il devient également de plus en plus évident que la polio ne frappe pas prioritairement les populations pauvres ou de santé fragile. Cependant, cette acceptation des faits est difficilement conciliable avec le modèle alors dominant des maladies infectieuses – « saleté et maladie ». La polio échappe aux mesures traditionnelles de santé publique telles que l’isolement, la quarantaine ou la désinfection. Et on constate bientôt que plus le taux de mortalité infantile (qui est alors le baromètre des sociétés modernes industrialisées) est faible, plus celui de la polio paralytique est élevé. » 

« … Malgré de nombreuses indications contradictoires, au cours des années 1910, les autorités sanitaires continuèrent à traiter la polio comme les autres maladies infectieuses qu’elles connaissaient, associant cette nouvelle maladie épidémique au manque d’hygiène, à l’insuffisance des installations sanitaires, à la pollution, aux insectes et à la pauvreté. »

« … A partir des années 1920, on commença néanmoins à se rendre compte que les zones périurbaines des classes moyennes étaient plus vulnérables à la polio que les taudis des immigrés… »

 

Donc voilà. Les Rockefeller et autres magnats de l’époque envisageait le problème de la médecine en tant que marché. Et le marché des pauvres était moins lucratif que celui des classes moyennes. Comme les dernières influences de la théorie miasmatique n’avaient pas encore complètement disparu, ils ont été obligés au départ de continuer à incriminer les pauvres. Mais rapidement, ils ont réussi à faire en sorte que ce soit la classe moyenne qui soit considérée comme la plus touchée (ou au moins aussi touchée).

 

–          Le vrai but : le vaccin

 

D’une maladie quasi-inexistante, les Rockefeller et autres méga-magnats financiers et industriels ont fait une maladie majeure. Et ils ont aussitôt proposé le traitement. Ils ont pu ainsi faire de très gros bénéfices. Mais ce n’était qu’une première phase, prélude à des bénéfices encore plus importants. Le but final était de proposer un vaccin, ce qui devait permettre de multiplier les bénéfices par 100 ou plus.

En effet, quand l’industrie pharmaceutique a introduit le vaccin contre la polio, vers 1954, il ne s’agissait plus de traiter quelques dizaines de milliers de personnes par an, mais des centaines de millions (il y avait environ 3 milliards de gens sur terre à l’époque ; donc, pour vacciner tout le monde en 30 ans, il fallait vacciner cent millions de personnes par an). Même si le vaccin était 10 fois moins cher que le sérum, au final, le chiffre d’affaire était 1000 fois supérieur, et les bénéfices au moins 100 fois. Et comme de nos jours, il y a environ 130 millions de bébés qui naissent chaque année dans le monde, le chiffre d’affaire se maintient.

Donc, la commercialisation du vaccin devait être certainement prévue dès le début. Pourquoi ne pas le commercialiser rapidement ? Parce qu’il fallait installer la peur de la maladie. Vu qu’elle n’avait pratiquement aucune réalité avant 1905, les gens n’auraient vu aucune raison à se faire vacciner. Alors qu’après 40 ans de soi-disantes épidémies mortelles, là, le grand public était réceptif à l’idée du vaccin.

Bien sûr, les soi-disantes épidémies de polio durant les années 40 et 50 ont été en partie manufacturées et en partie très exagérées, afin de renforcer la peur de la maladie, et faire accepter plus facilement le futur vaccin. Il fallait que les plus grosses épidémies arrivent juste avant l’introduction du vaccin pour lui assurer un succès maximum dans les pays sans obligation vaccinale, et pour faire accepter plus facilement cette dernière dans les pays où elle serait imposée.

 

Et au passage, derrière le vaccin, il y avait une fois encore assez clairement des hommes des Rockefeller.

Hilary Koprowski est le premier à avoir mis au point un vaccin anti-polio vivant atténué (1950). Il avait travaillé avant pour la fondation Rockefeller à Rio de Janeiro, sur la fièvre jaune. Donc, directement un homme des Rockefeller. Après la 2ème guerre mondiale, il a travaillé sur la polio au laboratoire Lederle, à New-York. Son patron à Lederle était Herald Cox, qui avait été lui aussi formé à l’Institut Rockefeller.

Par ailleurs, le laboratoire Lederle était la division pharmaceutique de la société American Cyanamid. Or, on apprend dans le livre « The Last Gasp: The Rise and Fall of the American Gas Chamber », de Scott Christianson, page 40, qu’American Cyanamid (alors la 4ème plus grosse société chimique, au moins aux USA) était secrètement alliée à IG-Farber par une série d’agréments commerciaux. Et Selon Eustace Mullines (murder by injection), IG Farben était une société contrôlée à ce moment-là par les Rockefeller. Par ailleurs, durant les années 30 (entre 34 et 38), Le directeur d’American Cyanamid, Lewis W. Douglas, avait transféré le siège de la société au Rockefeller Center, à New-York. Et peu de temps après, il était lui-même devenu affilié à la fondation Rockefeller. Donc, le laboratoire Lederle était un laboratoire sous contrôle des Rockefeller.

Jonas Salk, celui qui a proposé le premier vaccin inactivé contre la polio (1952), ne semblait à priori pas dépendre des Rockefeller. Mais le mentor de Salk était Thomas Francis, qui lui, était un homme des Rockefeller. En effet, peu après l’obtention de son diplôme, à l’université de Yale, Francis avait rejoint l’Institut Rockefeller, où il travaillait sur les vaccins et les virus (c’est lui qui a isolé pour la première fois le virus de la grippe humaine). Et c’est lui qui a estimé l’efficacité et l’innocuité du vaccin de Salk (son ex étudiant donc).

Albert Sabin, inventeur du vaccin oral vivant atténué en 1956, était clairement une créature des Rockefeller, puisqu’il avait travaillé à l’Institut Rockefeller de 1935 à 1939.

Et on peut prendre connaissance de quelques autres noms ici.

Donc, les choses sont claires. Le vaccin contre la polio a été inventé essentiellement par des hommes liés aux Rockefeller. La chose n’a vraiment pas été faite finement, avec discrétion, en cherchant à brouiller les pistes. Non, là, les Rockefeller y sont allés franco. Ou, en tout cas, le groupement d’intérêt derrière l’affaire a bien laissé visible les liens entre les Rockefeller et le vaccin.

 

Il est possible que les Rockefeller n’aient pas directement profité du vaccin. C’est à voir. Mais de toute façon, ils travaillaient probablement eux-mêmes pour d’autres intérêts politico-financiers supérieurs, qui eux, en ont certainement touché des bénéfices. Et même à leur niveau, il y avait d’autres magnats qui ont dû profiter de l’affaire (Goldman-Sachs, Carnegie, Ford, Rothschild, etc…). Et puis, Eustace Mullines a montré dans son livre « murder by injection » (chapitre 9) que même en 1988, les Rockefeller avaient encore un ou plusieurs hommes à eux dans la plupart des grandes sociétés pharmaceutiques américaines. Donc, il y a quand même de fortes chances qu’ils aient gagné de l’argent sur la commercialisation des vaccins, et n’aient pas seulement travaillé pour d’autres compagnies.

 

Le frère de Simon Flexner, Abraham :

 

En se renseignant sur Flexner, on apprend que son frère Abraham est celui qui a fait fermer une bonne partie des écoles de médecine des USA via le fameux « rapport Flexner » de 1910.

Abraham Flexner n’était qu’un enseignant et principal de collège à la base, et pas du tout un médecin.

En 1909, il s’est vu proposer par la « Carnegie foundation for the advancement of teaching », de rédiger un rapport sur la qualité de l’enseignement médical dans les diverses écoles de médecine américaines pour le compte de l’AMA* (l’American Medical Association, fondée en 1847).

Or, selon Eustace Mullins, déjà à l’époque, la Carnegie Foundation en question était sous le contrôle des Rockefeller** : « Flexner était « l’espion » de John D. Rockefeller dans la mise en place de la prise de contrôle de toute l’industrie de l’enseignement médical par la Fondation Carnegie, qui était une filiale de la Fondation Rockefeller à ce moment-là ……. Quand vous dites « Fondation Carnegie », vous parlez de quelque chose qui n’a pas de substance. C’est entièrement sous la domination des Rockefeller« 

Donc, là encore, on avait affaire à un homme des Rockefeller. Et puis, comme c’était le frère de Simon Flexner, qui était encore plus clairement une créature des Rockefeller, on imagine bien qu’il y avait forcément un lien avec ces derniers.

De toute façon, Abraham Flexner a été nommé en 1913 au « General Education Board » de la Fondation Rockefeller, ce qui enlève toute ambiguïté sur son lien avec ceux-ci.

Le but des Rockefeller, via Flexner, était de prendre le contrôle de l’enseignement médical en liquidant les écoles indépendantes ou qui professaient les anciennes théories, et en ne gardant que celles enseignant les nouvelles (théorie microbienne, chirurgie et utilisation de médicaments issus de l’industrie chimique, dans laquelle Rockefeller commençait à avoir des intérêts). L’AMA était un allié de poids, puisque ses membres faisaient eux aussi la promotion de ce genre de médecine.

Pour atteindre ce but, les Rockefeller ont mis en avant la piètre qualité de l’enseignement de certaines écoles de médecine américaines. Le rapport notait les écoles soi-disant selon des critères de scientificité. Celles qui étaient considérées comme prodiguant un enseignement scientifique étaient bien notées, et les autres non. En réalité, celles qui professaient les théories non conformes aux souhaits des Rockefeller étaient mal notées et les autres bien.

Ce qui s’est passé ensuite c’est que les écoles de médecine et les hôpitaux ont reçu une licence d’exercer de la part de l’état dans lequel ils se trouvaient (voir ici). Or, les comités distribuant les licences étaient contrôlés dans chaque état par le bureau local de l’AMA. L’état faisait fermer toutes les écoles de médecine qui ne correspondaient pas aux nouveaux critères, en particulier le fait d’enseigner des méthodes de soins alternatives. Beaucoup ont donc fermé, et d’autres se sont adaptées en se mettant à enseigner des théories conformes aux souhaits des Rockefeller.

En 1910, les grands industriels américains (Rockefeller, Carnegie, Ford, etc…) ont également favorisé financièrement les écoles qui suivaient les enseignements désirés par eux. Celles-ci ont reçu 550 millions de dollars de l’époque, soit l’équivalent de 20 milliards de dollars actuels. Evidemment, on n’a rien donné aux autres et celles-ci ont périclité alors que les premières prospéraient.

Concernant les chiffres de fermeture, difficile d’être sûr. Ca diffère selon les sources. Selon certains, la moitié des écoles ont fermé. Selon d’autres, en 1918, sur les 650 écoles qu’il y avait précédemment, 600 avaient fini par fermer. Mais, ce qui est sûr, c’est que désormais, les forces promouvant l’enseignement de la médecine allopathique et des drogues chimiques avaient gagné.

Sur les sites alternatifs parlant du rapport Flexner et de l’AMA, on dit généralement que ce sont les écoles d’homéopathie ou au moins avec un enseignement éclectique qui étaient visées par les Rockefeller (chiropractie, herboristerie, naturopathie, etc…). C’est vrai. Mais, je pense que c’est aussi l’enseignement de la théorie hippocratique qui était visé par ces derniers. Il semble que cette théorie était encore assez bien implantée. Elle avait dû s’adapter aux nouvelles données scientifiques et donc avait été plus ou moins modifiée ; mais une bonne partie de ses fondements restaient en place. Et la théorie microbienne n’était pas encore complètement acceptée. Donc, il fallait abattre l’ancienne théorie une bonne fois pour toute. Et ça ne pouvait se faire qu’avec une action politique et économique.

Donc voilà. On a les Rockefeller et d’autres industriels extrêmement puissants qui d’un côté mettent la main sur la médecine moderne grâce en partie à Abraham Flexner, et de l’autre inventent les épidémies de polio grâce à Simon Flexner. Vu leur action sur l’ensemble de la médecine américaine, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’ils aient cherché à gonfler le nombre de cas de polio ainsi qu’à mettre au point des méthodes de diagnostic et de soin pour créer des cas réels ; tout ça pour gagner de l’argent.

 

Ce que je pense aussi, c’est qu’il est possible que le passage de l’ancienne théorie médicale hippocratique à la nouvelle théorie microbienne ait été arrangé. Soit depuis le début ; soit un peu après. Dans ce dernier cas, des personnes puissantes se seraient rendu compte du potentiel de la nouvelle théorie microbienne pour se faire de l’argent et contrôler les populations, et auraient organisé le passage de l’ancienne théorie à la nouvelle.

Or, pour mettre en place la nouvelle théorie microbienne, il fallait une période de liberté médicale. Sans cette période de liberté, les partisans de la théorie hippocratique auraient écrasé dans l’œuf la nouvelle théorie.

Du coup, ils auraient volontairement instauré entre les années 1860 et 1900, une période de liberté de croyance en matière de médecine, avec des écoles enseignant des théories diverses. Puis, au début du 20ème siècle, une fois la théorie microbienne bien implantée, ils auraient sonné la fin de la récréation, et auraient liquidé l’ancienne théorie ainsi que celles qui seraient apparues à la faveur de ce vent de liberté.

Cela dit, comme la période de liberté médicale remonte plutôt au début du 19ème siècle, on peut plutôt penser que tout ça a été prévu dès le départ.

Parce que tout de même cette période de liberté médicale est très bizarre. Jusque-là, il n’y en avait pas du tout dans l’enseignement médical. C’était la théorie hippocratique qui était enseignée, et malheur à celui qui s’avisait de s’écarter du dogme. Et tout d’un coup, boum, on autorise les médecines alternatives, et on ne dit rien face à une théorie microbienne qui pourrait être remise en cause très facilement.

 

Sinon, dans la famille Flexner, on a aussi un troisième frère : Bernard. Celui-ci a été nommé membre du conseil d’administration de la fondation Rockefeller après qu’il ait aidé à fonder le « Council on Foreign Relations » en 1921. Il s’agit d’un think tank extrêmement influent qui donne des avis sur la politique étrangère des USA. Donc, lui aussi travaillait pour les Rockefeller.

Bref, avec les trois frères, on a une belle brochette d’enfoirés.

 

*Bien sûr, le rapport a certainement été écrit à l’avance par des personnes haut-placé de l’AMA. Flexner n’était qu’un homme de paille.

** Cela-dit, même si la « Carnegie foundation for the advancement of teaching » n’avait pas été sous l’influence des Rockefeller, ça n’aurait pas changé grand-chose, puisqu’il semble que Rockefeller et Carnegie agissaient de concert dans leur stratégie de prise de contrôle de l’industrie de la santé via leurs fondations et le financement des universités favorables à leur agenda. Mais là, les choses sont encore plus claires.

 

–          La raison du retrait du sérum vers 1935-40

 

On peut se demander pourquoi le sérum antipolio a été retiré de la vente dans les années 35-40. Après tout, ils auraient pu le garder jusqu’à l’introduction du vaccin et optimiser le gain financier. Mais, je pense que ce que les concepteurs de l’arnaque ont dû se dire, c’est qu’il valait mieux qu’on présente la maladie comme n’ayant aucun traitement possible. Ça ne devait pas seulement être pour le vaccin contre la polio en lui-même, mais pour le principe de la vaccination en général. Avoir une maladie aux conséquences aussi terribles et sans aucun traitement disponible, c’était un argument très fort pour le vaccin antipolio en particulier, mais aussi pour la vaccination en général. Argument qui est toujours utilisé d’ailleurs. Dans une conversation, quelqu’un qui critique les vaccins a une forte probabilité de se voir opposer l’argument « et la polio ? ». Sans aucun traitement pour la polio, l’argument de la vaccination était plus fort qu’avec. Et en échange de ça, ils perdaient seulement 15 ou 20 ans de commercialisation du sérum.

Par ailleurs, il était prévu de lancer les épidémies les plus importantes dans les années 40-50. Ceci, très certainement afin de faire monter au maximum l’angoisse sur la polio et d’imposer ainsi le vaccin plus facilement. Sans aucun traitement de disponible, la détresse vis-à-vis de cette maladie devait augmenter encore plus ; et donc, le besoin du vaccin aussi.

On comprend aussi pourquoi les autorités médicales sont restées dans le flou concernant son efficacité. Comme le but était de ne plus employer le sérum dans les années 35-40, et donc de révéler que finalement, il ne servait à rien, il fallait rester évasif quant à son utilité. Si on avait été précis et dit qu’il était efficace, même à seulement 20 ou 25 %, il aurait été plus difficile de le retirer de la vente ensuite. Parce que ça aurait été toujours ça de pris. Alors que là, en restant dans le flou, on pouvait dire au bout de 25 ou 30 ans : « bon, finalement, ça ne sert à rien. On arrête de l’utiliser ».

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