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Semmelweis, une fausse gloire ?

dimanche, avril 27th, 2008

Le 5 juin 2004, sur le forum onnouscachetout, j’ai publié ce papier sur Semmelweis. Je l’ai légèrement remanié.

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En lisant l’article d’on peut le faire » sur l’accouchement à domicile, j’ai relu l’histoire du docteur Semmelweis et recherché les documents qu’on peut trouver sur lui sur Internet. Voici ce qu’on peut trouver :

« Dans les années 1850, Ignaz P. Semmelweis, médecin autrichien, a montré que, dans les salles de travail que les médecins et leurs étudiants visitaient immédiatement après leurs travaux d’anatomie, le pourcentage de mortalité des parturientes chutait de 20% à 2% si ces praticiens acceptaient de se laver les mains avec du savon et du jus de citron »

 » Autrefois, dit-il, les élèves en médecine et les élèves sages-femmes étaient répartis dans les deux cliniques d’accouchement qui existent au grand hôpital de Vienne: la maladie régnait dans les deux services avec une égale intensité. À partir de 1836, la première clinique fut assignée aux élèves en médecine; la deuxième, réservée exclusivement aux élèves sages-femmes. À dater de ce jour, il y eut entre les deux services une différence énorme sous le rapport de la mortalité, et cette différence se soutint jusqu’au mois de mai 1847″.

« Le 27 février 1846, Semmelweis, récemment diplômé d’obstétrique, est nommé assistant du Pr Klin. À Vienne, deux pavillons, par alternance de 24 heures à accueillent les femmes sur le point d’accoucher. En 1846, la mortalité postnatale des femmes est de 16% (note d’Aixur, probablement qu’il s’agit d’une erreur de retranscription et que le chiffre est en réalité de 1,6 %) dans le pavillon du Pr Bartch, et de 31% dans le pavillon du Pr Klin. Chez Bartch, ce sont les sages-femmes qui s’occupent des femmes, alors que chez Klin, ce sont les étudiants en médecine. En examinant les statistiques antérieures à 1840, époque où les étudiants en médecine ne travaillaient pas dans les hôpitaux et n’étudiaient pas l’anatomie par dissection mais uniquement dans les livres, il apprend que la létalité dans les deux services était identique dans les eux pavillons: 1,25%. »

« Semmelweis examine les statistiques avant 1840, époque où les étudiants en médecine ne fréquentaient pas encore les hôpitaux et n’étudiaient l’anatomie que dans les livres et non par dissection. La létalité était alors la même dans les deux services, c’est à dire faible pour l’époque: 1,25% environ.
Semmelweis observe la différence de létalité des deux services d’accouchements à l’hôpital , depuis que les étudiants pratiquent des dissections à l’hôpital. Dans un service, la létalité pouvait atteindre 30%, dans l’autre 1% à 2% seulement. Le premier était tenu par les médecins et les étudiants en médecine, le second par les sages-femmes et les élèves sages-femmes. »

« C’est alors qu’il observa que les étudiants se déplaçaient des salles de dissection cadavériques vers les salles d’accouchements, sans précaution particulière. Il remarqua que s’exhalent des relents cadavériques des mains des professeurs, assistants, étudiants qui pratiquent des dissections sur les cadavres et c’est ainsi qu’ils se rendent au chevet des femmes en couches. Il en conclut qu’il devait y avoir un AGENT INVISIBLE , causant la mort et que l’on devait éviter de transférer cet agent de la salle d’autopsie à la salle d’accouchement. »

« Il eut donc l’idée, de faire pratiquer un lavage systématique des mains, de tous les étudiants, à l’aide d’une solution de chlorure de calcium, bien que cette mesure ne corresponde à aucune exigence scientifique à l’époque. À partir de 1847, il interdit aux étudiants en médecine de quitter les salles de dissection sans s’être lavé les mains, ce qui entraîne immédiatement une baisse significative des taux de la mortalité qui passe de 12% à 3%. Il étend ses formalités de désinfection à toute personne ayant été au contact d’une malade, d’instruments de chirurgie ou de pansements, il ordonne l’isolement des femmes malades : la mortalité tombe à 1%. »

« Il constata que les femmes examinées par les élèves sages-femmes, qui n’avaient pas accès à la salle d’anatomie, étaient beaucoup moins souvent atteintes par la fièvre puerpérale. Il nota également que les femmes qui accouchaient dans la rue, de peur de mourir à l’hôpital, étaient épargnées par la maladie. Il raconte plus tard – « qu’une femme prise brusquement de douleur dans la rue… se hâte vers l’hôpital et comprend qu’elle arrive trop tard : elle supplie au nom de sa vie qu’on ne la fasse pas entrer chez Klin. »

 

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Puisque je ne crois plus au microbes pathogènes, je pense de plus en plus que c’est une fausse gloire. Mais, c’est en lisant l’article en question que me sont venues à l’esprit quelques unes des choses qui clochent avec cette histoire.

Il me semble en effet extrêmement bizarre que le fait que les médecins accoucheurs aient eu du sang de cadavre ou, plus probablement des restes de sang de cadavres sur les mains ait pu provoquer 20 % (ou 18 ou 30 %, les chiffres semblent différer de façon importante selon les sources) de mortalité parmi les femmes accouchantes. Parce que, même en croyant à la théorie des germes pathogènes, on voit mal en quoi le fait d’avoir des restes de sang pourrait causer une infection mortelle pour une femme accouchante. Jusqu’à nouvel ordre, le contact avec un peu de sang de cadavre n’est pas sensé provoquer des morts violentes. Sinon, l’ingestion de viandes un peu avancée devrait faire passer chaque année des millions de gens de vie à trépas.

Et puis, les médecins de l’exemple de Semmelweis auraient du être eux-mêmes en première ligne de l’infection. Ils auraient du mourir en masse eux aussi, puisqu’eux n’étaient pas en contact avec les germes une seule fois dans leur vie pendant quelques heure, mais pratiquement tous les jours. Il est dit que Semmelweis a été convaincu que le problème venait du sang des cadavres après qu’un chirurgien pratiquant des autopsies, Jakob Kolletschka, qui s’était coupé avec un scalpel après la dissection d’un cadavre, fut mort. Seulement, des blessures avec un scalpel pendant les autopsies, ou juste après, lors d’un accouchement par exemple, ça devait arriver fréquemment. Donc, il y aurait du y avoir de nombreux morts de chirurgiens par fièvre puerpérale. Et même sans blessure au scalpel, il y a fréquemment des petites éraflures ou des petites coupures qu’on se fait. Ca aurait pu entrer par là. Et la contamination aurait pu aussi se transmettre par les muqueuses, si les étudiants avaient porté leurs mains souillées aux yeux, au nez ou à la bouche. Donc, il y aurait du y avoir de nombreux morts parmi les étudiants. Mais apparemment, ça n’arrivait pas. Donc, ça montre plutôt bien que le contact avec le sang des cadavres n’entraine aucune maladie. Ca aurait du arriver aussi en masse aux chirurgiens pratiquant la coupure d’une jambe gangrénée par exemple, ou tout autre tissus en état de pourriture avancée.

De toutes façon, il semble que la légende selon laquelle Semmelweis ait introduit le lavage des mains soit fausse. Les médecins se lavaient apparemment déjà les mains. D’ailleurs, dans un extrait retranscrit plus haut, il est bien dit « Il remarqua que s’exhalent des relents cadavériques des mains des professeurs » ; ce qui suppose qu’ils n’avaient pas les mains dégouttant de sang, mais qu’elles étaient lavées à l’eau et que l’odeur de cadavre continuait à sentir. Ils ne devaient donc pas arriver avec les mains dégouttant de sang, mais avec les mains lavées (ce qui semble évident. On voit mal les chirurgiens arriver tout sourire les mains pleines de sang devant la femme enceinte disant « bon, ben maintenant, on va vous faire accoucher madame », genre film d’horreur. On imagine bien le grand cri de la femme en question.). Mains lavées qui devaient donc avoir peu de risques de transmettre une maladie dans des conditions d’accouchement normales (ou alors, avec un tel pouvoir infectieux, les médecins auraient du être touchés eux-mêmes). Ce que Semmelweiss aurait introduit c’est l’aseptie avec une solution concentrée de chlorure de chaux (ou chlorure de calcium).

A noter ce qui est dit  » Mais les étudiants et le personnel hospitalier protestent contre ces « lavages malsains ». Il faut dire que la solution de chlorure de chaux est apparemment irritante pour la peau. Donc, ce n’est pas par pure opposition à Semmelweis que le personnel hosptialier s’opposait au lavage de main, mais pour des raisons tout à fait compréhensibles.

D’ailleurs, la solution proposée par Semmelweis aurait du entrainer des morts chez les étudiants et chirurgiens disséquant des cadavres. Eh oui, puisque le chlorure de chaux est irritant pour la peau, ça aurait du entrainer au bout d’un moment des lésions plus ou moins à vif sur la peau de certains étudiants. Ce qui aurait favorisé le passage des germes de la fièvre puerpérale dans le sang. Mais une telle chose n’est pas arrivée.

Alors, pourquoi y a-t-il eu 20 % de morts ? Eh bien, on nous dit que c’était de jeunes étudiants chirurgiens pratiquant des opérations sur les morts qui réalisaient les accouchements aboutissant au 20 % de mortes. Peut-être que, tout simplement, nos braves et enthousiastes étudiants étaient tout contents de pratiquer l’art de la chirurgie sur les pauvrettes qu’on leur confiait. Peut-être que Klin était un excité du bistouri. et que cet esprit rejaillissait sur ses étudiants (qui étaient peut-être sélectionnés pour leur enthousiasme à pratiquer la chirurgie). Peut-être que les cas sensés être difficiles, nécessitant de la chirurgie leur étaient confiés, tandis que les sages-femmes du batiment d’en face ne la pratiquait pas. J’ai lu qu’il pratiquaient les forceps ou des épisiotomies, par exemple. Or de tels actes chirurgicaux invasifs sont bien à même de provoquer un stress oxydant important. En plus, les pics de mortalité arrivaient en hiver, lorsqu’il fait plus froid (probablement que les locaux n’étaient pas chauffés) et que la nourriture est plus lourde et moins riches en vitamines hydrosolubles. Les femmes concernées étaient pauvres apparemment. Et peut-être qu’après les actes chirurgicaux en question, on donnait aux femmes des médicaments un peu trop actifs, du genre de ceux qu’on donnait aux syphilitiques (arsenic, mercure… le genre à faire passer ad patres rapidement). Peut-être aussi qu’on leur faisait prendre des produits avant l’accouchement. Par exemple, on peut lire la chose suivante  » Birley, le patron du service, croit que Klin ne purgeait pas méthodiquement ses patientes« . Est-ce qu’on pratiquait des purges sur les femmes enceintes avant l’accouchement ? Avec quel produits ? Il faudrait avoir les comptes rendus de l’époque pour savoir tout ça. Et peut-être qu’en même temps qu’il introduisait le lavage des mains, d’autres choses étaient modifiées dans le fonctionnement de l’hopital et que ça a fait ramener le pourcentage de décès à moins de 3 %, mais que Semmelweis, tout à son idée de l’agent pathogène lié aux cadavres a évité d’en parler.

D’ailleurs, lorsqu’on lit « ce qui entraîne immédiatement une baisse significative des taux de la mortalité qui passe de 12% à 3%« , on comprend mal, puisqu’au départ, la mortalité était sensée être de 20 %, voir 30 %. Alors, la mortalité avait déjà baissé avant l’introduction du lavage des mains de 8 % (dans les 40 % de baisse), ou de 18 % (plus de 50 %) ? Ca changerait forcément beaucoup de chose. Si la mortalité était déjà en train de baisser, Semmelweis a peut-être bénéficié simplement d’une tendance favorable.

Il y a un autre chiffre : « En mai 1851, il accepte un poste dans la clinique obstétricale du Professeur Birley qui applique sa méthode : résultats 0,85 % de fièvre puerpérale. C’est à partir de ce moment qu’il commença la rédaction de son ouvrage: – « L’Etiologie de la Fièvre Puerpérale » – qu’il mettra quatre ans à rédiger ». Seulement, on ne sait pas de quel pourcentage de mortalité on partait, ni si les conditions d’expériences étaient les mêmes (manipulation de cadavre avant ou pas). Il semble qu’un épidémie de fièvre puerpérale s’était déclenchée. Mais une épidémie, ça a tendance à repartir comme ça revient. Donc, difficile de savoir s’il avait bénéficié simplement d’une tendance favorable ou pas.

Il est à noter que d’autres médecins ( John Denham) faisaient remarquer que la fièvre puerpérale touchait les femmes accouchantes dans des hôpitaux n’ayant pas de médecins pratiquant des dissections sur des cadavres. Par ailleurs, un autre médecin, Scanzoni, a expérimenté cette méthode à Prague, et en a contesté les résultats.

En résumé, il n’y avait aucune raison que les mains même légèrement souillées des étudiants chirurgiens provoquent une quantité aussi invraisemblable de morts. Ou alors, les étudiants seraient morts eux aussi. Donc, il devait y avoir autre chose qui causait ce massacre. Mais, en tout état de cause, Semmelweiss se trompait et n’est donc pas la gloire qu’il est supposé être.

 

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Quelques réflexions supplémentaires de 2008 :

– J’ai séparé cette partie de l’ensemble du texte parce qu’à l’époque j’avais vu une contradiction avec ce que je disais un peu plus loin :

« Normalement, une femme qui accouche n’a pas de plaie, pas plus que le bébé. L’accouchement se résume simplement à ce que le bébé sort du ventre de la mère. Donc, à aucun moment la très faible quantité de sang du cadavre ne devrait entrer en contact avec l’intérieur du corps de la mère. Donc, il n’y avait aucune raison que celles-ci subissent 20 % de mortalité à cause d’un germe pathogène. Si le germe avait été suffisant pour tuer la mère sans ouverture du corps, il aurait du tuer aussi les docteurs ainsi que les bébés« 

Je pensais que ça entrait en contradiction avec le fait que je disais que les morts étaient dus aux actes chirurgicaux des médecins. Mais en fait, même si l’objection est amoindrie, ça reste en partie valable. Soit les médecins ne pratiquaient pas d’actes chirurgicaux entrainant des plaies. Et dans ce cas, l’objection reste valable. Soit, comme je le pense, ils en pratiquaient. Et dans ce cas, l’objection est effectivement annulée, mais on introduit alors une autre explication possible face à l’hypothèse du germe pathogène : le fait que les actes chirurgicaux invasifs soient à l’origine du problème.

– Sur le forum onnouscachetout, une objection m’a été apporté par Tinuviel, qui mettait en partie en avant le fait que les femmes en question pouvaient avoir leur système immunitaire affaibli. Mais, ça ne pouvait pas être le cas, puisque dans le pavillon où les sages femmes opéraient, le taux de mortalité était de 1,25 %. Alors, bien sur, on peut dire que c’était l’acte chirurgical + la faible immunité. Oui, mais alors, on introduit bien le problème de l’acte chirurgical pratiqué par les étudiants médecins. Et dans ce cas, on peut tout aussi bien ne retenir que l’hypothèse que c’était l’acte chirurgical tout seul qui posait problème.

– Quoi qu’il en soit, vu que je ne crois plus du tout aux germes pathogènes, je suis sur désormais que cette histoire des mains contaminée par le sang de cadavre est complètement bidon. Les morts devaient certainement être dus à l’intervention chirurgicale elle-même et aux médicaments donnés aux femmes en question. On peut supposer qu’un certain nombre de patientes vivaient mal l’accouchement, à cause des gestes médicaux invasifs et qu’on leur donnait ensuite des médicaments qui les tuait. Surtout que comme il s’agissait apparemment de femmes pauvres, il est fort possible qu’elles servaient d’entrainement à la chirurgie aux étudiants.

De toute façon, on a deux autres médecins qui soulèvent des objections aux résultats de Semmelweis. Denham, qui dit que la fièvre puerpérale touchait des femmes dans des hopitaux où on ne pratiquait pas la dissection des cadavres. Et Scanzoni, qui a expérimenté cette méthode et en a contesté les résultats. Donc, les choses étaient loin d’être aussi simples qu’on le dit. Ce qui laisse à penser que Semmelweis a surtout retenu les faits qui allaient dans son sens et à ignoré les faits gênants qui le contredisait.

D’ailleurs, de nos jours, alors que l’asepsie est parfaite, il y a encore plein de personnes qui tombent malades après un acte chirurgical à l’hopital. On accuse les germes résistant, la faible immunité, le fait que les chirurgiens ne respecteraient pas les règles d’asepsie et autres explications bidons. La réalité, c’est que l’acte chirurgical en lui-même est très éprouvant pour le corps, et que les drogues prises par la suite achèvent de mettre la personne au 36ème dessous.