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Tests d’adn : autres informations concernant l’article de 2009

jeudi, janvier 23rd, 2014

 

J’avais parlé en novembre 2009 du fait que les tests d’adn sont bidon. J’avais rapporté l’histoire d’un avocat américain appelé William C. Thompson. Celui-ci avait raconté sur cette page, comment les procédures des tests d’adn pour les enquêtes policières étaient faites. Et ce qu’il disait était accablant. En gros, les techniciens sont au courant de l’enquête policière et adaptent ainsi les résultats pour fournir aux policiers le résultat qu’ils attendent. Pour ça, le technicien trafique le test purement et simplement. Il utilise un logiciel du genre Photoshop pour rendre les bandes d’adn plus ou moins lumineuses qu’elles ne le sont réellement, il les déplace, il les agrandit ou les rétrécit, etc…

 

Un autre élément accablant dont je n’avais alors pas parlé, est la difficulté extrême qu’a eue William Thompson pour accéder aux éléments de l’enquête avec la société qui avait fait le test d’adn.

L’affaire en question consistait en un viol. Deux personne étaient accusées : un dénommé Sammy Marshall et un autre homme. Du sperme avait pu être récolté sur la victime et donc des tests d’adn avaient pu être effectués.

Voyant que malgré ce qui était déclaré sur le résultat du test génétique, les bandes d’adn ne correspondaient pas entre celle du présumé coupable et celle de son client (Sammy Marshall), Thompson a d’abord essayé de convaincre le procureur de ne pas recourir à l’adn comme preuve de la culpabilité de son client en lui montrant les bandes qui ne semblaient pas correspondre. Ayant appris que l’opérateur était au courant des détails de l’affaire, ce qui pouvait l’influencer, il a également avancé le problème du « biais de l’observateur ». Mais ça n’a pas convaincu le procureur. Ce dernier a avancé l’argument que le test d’adn en question était objectif parce qu’il ne comportait pas d’intervention humaine. En effet, les résultats étaient entièrement obtenus grâce à un système d’imagerie automatique contrôlé par ordinateur (ici une machine BioImage). Donc, la procédure ne pouvait qu’être parfaitement objective.

Ca semblait imparable. Mais Thompson n’a pas abandonné l’affaire et s’est dit que puisque le résultat était objectif, il devrait alors être possible de reproduire le résultat de Genetic Design (l’entreprise qui avait conduit le test). Il a donc cherché des gens qui pourraient réaliser le test, et il a appris qu’Aimee Bakken, une biologiste moléculaire de l’université de Washington, avait accès à une machine BioImage, comme celle qu’avait utilisée Genetic Design. Le professeur Bakken  a généreusement proposé son aide. En utilisant sa machine, et des copies des autorads, elle a essayé de répliquer les résultats du laboratoire médico-légal. Elle a échoué. Elle n’a pas réussi à détecter certaines des bandes qui incriminaient soi-disant Marshall, et elle a détecté d’autres bandes qui ne l’incriminaient pas.

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est un autorad, il s’agit d’un film radio qui fixe la radioactivité des bandes d’adn identifiées. La procédure est la suivante. On réalise d’abord la multiplication de l’adn cible par PCR (technique qui permet de multiplier un brin d’adn particulier par milliard). Puis on sépare les différent brins d’adn cibles obtenus, par leur poids moléculaire. Pour ça, on utilise la technique de l’électrophorèse. Concrètement, il s’agit d’un bac rectangulaire dans lequel il y a un gel. On applique un courant électrique, et les brins les plus légers se déplacent en ligne droite vers l’extrémité du bac tandis que les plus lourds restent plus près de l’autre extrémité. Le résultat se présente sous forme de bandes d’adn réparties sur le gel. On transfert ensuite le résultat sur une feuille en nylon par effet papier buvard. On colle aux brins d’adn fixés sur cette feuille en nylon d’autres brins d’adn collés eux-mêmes à des particules radioactives. Ça permet de transférer le résultat obtenu sur un film radio (les zones soumises à la radioactivité vont se noircir sur le film), ce qui permet d’avoir un résultat visuel. Ce sont les autorads en question. Enfin, on scanne le résultat et on obtient une image sur ordinateur. Le résultat est présenté soit sous forme de bandes d’électrophorèse (c’est-à-dire les bandes telles qu’elles se présentent visuellement sur l’autorad), soit sous forme de courbes. Si les bandes se retrouvent au même endroit sur l’autorad du suspect et l’autorad contenant l’adn trouvé sur le lieu du crime, normalement, c’est que le suspect est coupable ; si cet adn ne pouvait appartenir qu’au criminel bien sûr.

Donc, ici, Thompson possédait une copie des autorads originels, et a demandé au docteur Bakken de le rescanner et de les réanalyser, pour voir si l’ordinateur BioImage donnerait un résultat considéré comme similaire entre les deux tests. Mais le résultat était là-encore différent. Thompson pensait alors que ce rapport pourrait influencer le procureur, mais ça n’a pas été le cas.

Le procureur a soutenu que les résultats du docteur Bakken étaient non significatifs parce qu’elle avait utilisé des copies de deuxième génération des autorads qui contenaient moins de détails que les originaux. Thompson a alors suggéré que le procureur envoie les autorads originaux au professeur Bakken et le laisse les rescanner et les réanalyser.  

Mais le procureur a refusé avec l’argument que les preuves appartenant à l’état ne peuvent jamais être données à un expert de la défense, qui pourrait les perdre, les détruire, ou les altérer, etc… Les autorads originaux devaient rester à Genetic Design. Thompson lui a alors demandé s’il pouvait envoyer le professeur Bakken à Genetic Design afin qu’il réanalyse les autorads originaux. Le procureur a aussi refusé cette requête parce que Genetic Design ne voulait pas qu’un expert extérieur utilise sa machine BioImage.

Thompson a alors défendu l’idée que l’état devait permettre à l’expert de la défense de réanalyser les autorads au laboratoire médico-légal. La réponse du district-attorney a été qu’il n’y avait pas de telles exigences légales et que des désastres divers pourraient s’abattre sur le laboratoire médico-légal si un expert de la défense était autorisé à mettre ses mains sur les ordinateurs du laboratoire. La réponse de Thompson contestait les assertions de l’attorney. Mais après une brève discussion, le juge Mary Ann Murphy a décidé de donner tort à Thompson. (suite…)