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Nouvelles informations et réflexions sur Semmelweis

vendredi, mai 2nd, 2008

En faisant des ajouts à mon premier article sur Semmelweis, j’ai fait quelques recherches supplémentaires. Et je suis tombé sur pas mal de nouveaux trucs intéressants.

Première chose, concernant les deux possibilités que soit les femmes aient été infectées sans aucune plaie ouverte, soit qu’elles l’aient été en ayant subis des plaies ouvertes, j’ai trouvé ce document qui règle le problème. Semmelweis soutenait en fait que l’infection se transmettait même sans plaie ouverte. Il pensait que la muqueuse vaginale laissait passer les éléments pathogènes par simple contact avec une main souillée, sans qu’il y ait besoin d’une quelconque plaie ouverte. Il cite le cas de 5 femmes enceintes ayant soi-disant contracté la fièvre après qu’il leur ait simplement touché le vagin avec une main supposément infectée.

Au mois de juin, entra dans le service de Bartch une femme qu’on avait cru gravide d’après les symptômes mal vérifiés. Semmelweis à son tour l’examine et découvre chez elle un cancer du col utérin et puis, sans songer à se laver les mains, il pratique le toucher successivement sur cinq femmes à la période de dilatation. Dans les semaines qui suivent, ces cinq femmes meurent de l’infection puerpérale typique.

Donc, Semmelweis soutient bien que même sans plaie ouverte, par un simple toucher sur la muqueuse du vagin, la fièvre puerpérale se transmet. Donc, on retombe dans la critique que j’avais faite au départ. A savoir qu’on ne voit vraiment pas pourquoi les médecins n’attrapaient pas eux aussi la fièvre en question.

Par ailleurs, les médecins devaient être mariés, et lors de leurs relations sexuelles, ils devaient bien toucher le vagin de leur femme avec les doigts de temps à autre. Donc, elles auraient du mourir elles aussi de la fièvre en question. Eux-mêmes devaient bien se toucher les muqueuses des yeux, de la bouche ou du nez, de temps à autre.

Autre chose dont j’ai déjà parlé dans l’article précédent ; pourquoi des femmes jeunes en parfaite santé auraient-elles du mourir lors d’une mise en contact avec des mains ayant elles-mêmes été en contact avec des cadavres, alors que ça n’arrive à personne de mourir suite à un contact de la peau avec de la viande avariée ?

Et puis, dans l’exemple cité, la fièvre puerpérale atteint carrément 5 femmes sur cinq touchées et fait 5 mortes sur 5 femmes atteintes. Le taux de transmission et de mortalité est absolument exceptionnel.

Taux de transmission qu’on ne retrouve pas du tout dans l’expérience des étudiants, puisqu’ils devaient pratiquer le toucher sur quasiment toutes les femmes. Et pourtant, le taux de transmission était bien moindre.

Par ailleurs, dans le pavillon des sages-femmes, il devait bien y avoir quelques cas de fièvre puerpérale. Donc, si la contagion s’était faite par contact, les sages-femmes auraient du avoir leurs mains souillées et ensuite transmettre la maladie aux autres femmes accouchantes. Et rapidement, la maladie aurait du faire rage autant dans les deux pavillons.

Et les sages-femmes auraient du souffrir aussi de la fièvre en question, vu qu’elles devaient bien se toucher le sexe de temps à autre elles aussi, que ce soit pour des raisons d’hygiène (même si elle n’était pas aussi développée que maintenant), ou pour des raisons sexuelles.

Encore autre chose (voir ici, en bas de la page 9) :

Dès lors, il pensa qu’il fallait détruire ces éléments sur la main exploratrice afin d’empêcher la production de la maladie chez les accouchées. Aussi, vers le milieu de Mai 1847, il prescrivit aux étudiants de se laver les mains avec une solution de chlorure de chaux. Brusquement, la mortalité tomba de 12 à 3 pour 100. Continuant ses observations, il fut bientôt convaincu que le « poison cadavérique » n’est pas le seul élément pathogène pouvant atteindre la femme en travail, mais bien aussi toute substance organique en voie de décomposition, et, au premier Chef, LES SÉCRÉTIONS SANIEUSES DES ORGANISMES VIVANTS MALADES.

Il exigea alors que, dans tous les cas, et non plus seulement au sortir de l’amphithéâtre, les mains des personnes procédant à un accouchement fussent désinfectées ; de plus, il voulut que cette désinfection fût étendue aux instruments, au matériel de pansement, et enfin il fit séparer les femmes malades des femmes saines. À la suite de ces nouvelles mesures, la mortalité par fièvre puerpérale tomba pendant l’année 1848 à 1,24 pour 100 et celle des nouveau-nés également de 6 à 4 pour 100.

Donc, quand la mortalité est passée de 12 à 3 %, les instruments n’étaient pas désinfectés. Donc, on ne comprend pas très bien par quel miracle la mortalité a autant baissé. En effet, vu que ces instruments sont en contacts avec la muqueuse vaginale, la fièvre aurait du continuer à être transmise. Sans compter qu’un scalpel par exemple, aurait mis l’agent pathogène directement en contact avec le sang. Donc, en l’absence de décontamination des outils, il n’y avait aucune raison que la fièvre baisse dans des proportions aussi importantes.

De plus, on ne comprend pas très bien comment la mortalité des nouveau-nés peut-être de 4 % alors que celle des mères est de 1,24 %. Il n’y avait pas de raison que les nouveau-nés soient plus touchés que les mères, et, s’ils l’étaient autant, il n’y avait pas de raison qu’ils aient un taux de mortalité supérieur.

Bref, rien ne tient debout dans cette histoire. Il est donc clair que le problème n’avait rien à voir avec une transmission par les mains des germes pathogènes venant des cadavres ou des femmes atteintes de la fièvre puerpérale.

Des médecins de l’époque contredisent Semmelweis

Miracle d’Internet, j’ai pu retrouver un livre ou le docteur Denham critique Semmelweis. Merci Google d’avoir numérisé le bouquin (c’est ici. Si ça n’arrive pas immédiatement sur la bonne page, c’est à la 209). Evidemment, tout ça a été passé sous silence parce que rapidement, ça n’a plus été dans le sens de la thèse officielle. Il cite un certain nombre de docteurs dont les expériences contredisent celles de Semmelweis.

Premier docteur cité, un certain Meigs, de Philadelphie. Sur 468 accouchements, seules 13 de ses patientes sont tombées malades et 3 sont mortes. Donc, comme le dit Meigs, pourquoi, s’il était le vecteur de la contagion, a-t-il transmis la maladie à seulement 13 personnes sur 468 ? Eh oui, c’est gênant.

Le docteur Meigs cite aussi le docteur Rutter. Celui-ci semblait être poursuivi par la fièvre puerpérale dans sa pratique des accouchements. Aussi est-il parti pendant 10 jours à la campagne, a changé tous ses vêtement, a pris un bon bain chaud, s’est fait raser la tête, à laissé sa montre et différents objets. Mais, la première femme qu’il a faite accoucher est morte de la fièvre puerpérale. Certains penseront que c’est qu’il ne s’était pas lavé avec un antiseptique. Mais non, parce qu’il a continué à pratiquer des accouchements et là, aucune femme n’a été atteinte de la fièvre.

Le docteur M’Clintock dit qu’il n’a jamais transmis la maladie de ses patientes atteintes à l’hôpital à celles qu’il faisait accoucher chez elles. Le docteur Denham ajoute que c’est aussi son cas. Pourtant, ça aurait du arriver, si la maladie avait été transmise par les mains.

Le docteur Denham fait remarquer que la maladie survient souvent dans des villes ne possédant ni hôpital pratiquant l’accouchement ni salle de dissection. Donc, si le problème est particulièrement lié aux germes attrapés lors de la dissection, on se demande bien comment la maladie peut se transmettre. A moins que de nombreux médecins aient pratiqué fréquemment la dissection par ailleurs évidemment. Mais sans un endroit dédié, ça semble peu probable a priori.

Par ailleurs, Denham visita l’hôpital de Vienne où Semmelweis avait pratiqué après que celui-ci fut parti. Or, à ce moment-là, en hiver, la fièvre avait à nouveau frappé. 36 femmes avaient développé la fièvre en question, et ce avant d’accoucher. Sauf que cette fois, c’était les sages-femmes qui avaient un taux de fièvre puerpérale supérieure à celle du pavillon des étudiants. La mortalité de la fièvre y étant elle aussi supérieure. Ca contredit fortement le travail de Semmelweis. C’est le genre de chose qui change tout. C’est bien pour ça que je dis que le fait qu’on n’ait eu des informations que par Semmelweis fait qu’on n’a pas les outils pour la réfuter. On a cette information, mais sur d’autres sujets, comme on n’a toujours pas d’info, impossible de savoir de quoi il retourne. Or, ça, en science, c’est inacceptable. En tout cas, là, ça montre que les choses étaient très loin d’être aussi parfaitement clean que ne le faisait croire Semmelweis.

Raisons probables de la fièvre puerpérale

Ayant trouvé de nouvelles informations et ayant eu l’occasion de réfléchir plus sur le problème, voici une théorie un peu plus élaborée que la première.

Déjà, je pense toujours que les étudiants en médecine devaient pratiquer plus facilement des actes chirurgicaux invasifs que les sages-femmes. Donc, le fait que ceux-ci devaient charcuter les femmes accouchantes plus que ne le faisaient les sages-femmes devaient participer à la mortalité. Sur le topic du forum Onnouscachetout sur Semmelweis, Sharkreef, une femme, avait dit que lors de son accouchement, l’épisiotomie l’avait fait abondamment saigner. Voici ce qu’elle a dit :

Enfin, je peux t’assurer qu’une épisiotomie n’est pas un acte anodin. La cicatrisation est parfois longue et difficile. Pour ma part, j’en ai souffert pendant près de 6 mois ! Et pendant l’accouchement, j’ai perdu énormément de sang par cette plaie, qui n’a été recousue qu’au bout de 2h, sans anesthésie… merci la sage-femme !

Donc, si les étudiants et les médecins chirurgiens pratiquaient la chirurgie sur les femmes en question, celles-ci pouvaient bien se retrouver fortement affaiblies par la suite à cause des pertes en sang. Et ensuite, les médecins les achevaient peut-être par des médicaments sensés les soigner.

Mais je pense maintenant que la principale raison vient du problème suivant. Dans certains documents on lit la chose suivante « Birley, le patron du service, croit que Klin ne purgeait pas méthodiquement ses patientes. »

J’avais déjà lu ça en 2004. Mais à l’époque, même si j’avais eu un gros doute, je n’avais pas cherché plus avant et j’étais resté sur l’idée que c’était peut-être pratiqué avec des lavements. Peut-être pas. Mais n’ayant pas plus d’information que ça, j’avais du en rester là, vu qu’évidemment, un lavement, a priori, ça n’est pas bien dangereux.

Mais, en me renseignant à nouveau, j’ai vu qu’en fait, la purge ne devait pas être pratiquée avec des lavements, mais avec des médicaments à base de plantes : des purgatifs. Et ça, évidemment, ça change tout.

Or, comme j’ai traduit récemment l’article de Shelton concernant les herbes médicinales, je me suis souvenu qu’on s’en servait à l’époque comme médicaments purgatifs, entre autres.

Eh oui. C’est probablement bien là que devait se situer le problème. Ce qui devait donc se passer, c’est qu’avant l’accouchement, on devait donner des médicaments purgatifs pour éviter que les « humeurs » ou autres conneries comme ça ne viennent gêner le « travail » (c’est-à-dire l’accouchement).

Or, comme déjà vu sur le site, ces médicaments à base de plantes sont des désagrégateurs de cellules. Donc, ce qui devait se passer, c’est que les femmes en question mourraient tout simplement d’empoisonnement à cause des purgatifs (via une hémorragie cérébrale ou un arrêt cardiaque). Vu la vitesse de la mort pour certaines, certains de ces médicaments devaient vraiment être très puissants.

Ce qui est possible aussi, c’est que, même avec des doses faibles, les purgatifs en question donnaient de la fièvre, puis, on donnait ensuite un deuxième médicament pour soigner la fièvre. Et ça aurait été la combinaison des deux médicaments pris l’un à la suite de l’autre qui auraient tué le patient.

En effet, comme on a pu le voir, ces médicaments agissent sur le taux de cortisol. Et le taux de cortisol aboutit à une redistribution de la répartition de l’eau dans le corps, avec une accumulation d’eau dans le tronc et une diminution dans les membres. Et l’effet est inverse quand le taux de cortisol baisse. Et dans ce dernier cas, la personne subit des fièvres, des douleurs dans les membres, une forte baisse de forme liée à un état d’hypotension, etc… Donc, peut-être que la purge entraînait un pic de cortisolémie, puis quelques jours après une situation de manque de cortisol. Du coup, les médecins prenait ça pour une fièvre puerpérale et donnait des médicaments plus puissants qui tuaient la femme en question.

Ca explique par ailleurs les malades et les morts avant accouchement. Vu qu’on devait donner les purgatifs avant l’accouchement, la maladie avait le temps de se déclarer avant celui-ci.

Par ailleurs, voilà ce qu’on dit sur la fièvre puerpérale :

Pour vous donner quelques clartés sur ce qui se faisait alors, je vais vous conter aussi rapidement que possible ce qui se passait à la Maternité de l’Hôtel-Dieu de Paris en 1778

Au commencement de l’année 1778, M Dugès étant en possession du service depuis trois ans, l’épidémie était telle que, sur douze accouchées, sept au moins étaient atteintes de fièvre puerpérale. L’administration, le Bureau, comme on disait alors, invita les médecins à donner leur avis sur les moyens d’arrêter cette  » espèce d’épidémie ». Sur quoi chacun des médecins s’étant expliqué selon son ordre de réception, ils s’entendirent sur les points suivants: ils reconnaissent d’abord que la plupart des femmes qui ont péri de ce mal en sont attaquées au plus tard dans les douze heures de leur accouchement ; que le mal se manifeste par des douleurs aiguës dans les entrailles, qu’elles sont travaillées d’une fièvre violente. Le visage est enflammé, le lait ne monte point aux mamelles, puisque toutes sont prises du délire et périssent au plus tard le second jour.

On a donc des douleurs au niveau du système digestif, une fièvre violente, le visage est enflammé, et les femmes sont prises de délire. Hey, mais ça ne serait pas plus ou moins les symptômes d’une prise de médicament du genre antibiotique ça ? Eh oui. Ca y ressemble fortement.

Mais pourquoi alors y aurait-il eu des variations aussi importantes de la mortalité ?

Il est possible que la variation dans le nombre de morts ait été due à la variation dans la composition des médicaments à base de plante qu’on donnait aux femmes enceintes. On n’était évidemment pas dans une production chimique et donc stable des médicaments. Ils étaient tirés de plantes, et donc, la variation de la composition des plantes en produit actif entraînait à terme une variation du médicament final en produit.

Par exemple, supposons qu’une année, il ait fait chaud en mai et juin, et qu’on cueillait les plantes en question début juillet. La plante ayant souffert de la chaleur devait avoir produit beaucoup plus de produit désagrégeant servant à fluidifier la sève. Du coup, un médicament basé sur cette plante aurait vu sa composition en produit actif être multipliée disons par exemple par 3 ou 4. Du coup, on passait d’un produit moyennement dangereux à un véritable poison. Et les femmes à qui on donnait ces médicaments mourraient évidemment beaucoup plus. Et pendant tout le temps ou le stock était utilisé, il y avait un pic de mortalité. Et si le nouveau stock avait une concentration moindre en produit actif, le taux de mortalité tombait.

D’ailleurs, à l’intérieur d’une même bouteille de médicaments, peut-être que les plantes ne venaient pas toutes du même endroit et qu’on les mixait entre elles pour faire les pilules ; ou alors, peut-être qu’on faisait les pilules avec des herbes d’une provenance particulière à chaque fois, et qu’on mélangeaient les pilules à la fin dans la bouteille. Donc, il pouvait y avoir variations très importantes de composition entre deux pilules à l’intérieur d’une même bouteille. Il suffisait qu’une partie des plantes soit venue d’un coin ou il aurait beaucoup plu et qu’une autre partie soit venue d’un autre coin où il y aurait eu beaucoup de soleil, et on aurait eu dans la même bouteille des pilules très actives et des pilules beaucoup moins actives. Tout ça entraînant bien sur des variations incompréhensibles pour les médecins de cas de maladies diverses (parce que ces symptômes ne devaient pas être reliés qu’à la fièvre puerpérale. D’ailleurs, je crois avoir lu que les symptômes de la fièvre puerpérale se confondaient avec les symptômes d’autres maladies).

Les herboristes veillaient probablement bien à cueillir les plantes à tel moment. Mais ils étaient tributaires du climat. Et ça, ils ne pouvaient pas y faire grand chose. Et n’étant probablement pas conscients que la concentration en produit actif venait du climat, ils subissaient les variations de la concentration en produits actifs.

Du coup, on peut se dire que le taux élevé de mortalité infantile et de femmes jeunes vient tout simplement que les médecins tuaient les patients en quantités industrielles avec leur « médicaments ». Sans ces ahuris, le taux de mortalité infantile aurait été bien moindre. Et l’espérance de vie bien plus grande, puisqu’un enfant mort à la naissance fait chuter l’espérance de vie de façon énorme.

Bien sur, puisqu’on n’y était pas, ce ne sont que des suppositions. Mais pour ma part, vu qu’il est à mon avis certain que la mort était causée par un poison chimique, et que celui-ci était donné avant l’accouchement vu qu’il y avait des malades morts avant ceux-ci, les purgatifs, vu la dangerosité des médicaments à base de plante, et la possibilité de variation très importante dans la concentration du produit actif, sont en première ligne des suspects.

Semmelweis, une fausse gloire ?

dimanche, avril 27th, 2008

Le 5 juin 2004, sur le forum onnouscachetout, j’ai publié ce papier sur Semmelweis. Je l’ai légèrement remanié.

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En lisant l’article d’on peut le faire » sur l’accouchement à domicile, j’ai relu l’histoire du docteur Semmelweis et recherché les documents qu’on peut trouver sur lui sur Internet. Voici ce qu’on peut trouver :

« Dans les années 1850, Ignaz P. Semmelweis, médecin autrichien, a montré que, dans les salles de travail que les médecins et leurs étudiants visitaient immédiatement après leurs travaux d’anatomie, le pourcentage de mortalité des parturientes chutait de 20% à 2% si ces praticiens acceptaient de se laver les mains avec du savon et du jus de citron »

 » Autrefois, dit-il, les élèves en médecine et les élèves sages-femmes étaient répartis dans les deux cliniques d’accouchement qui existent au grand hôpital de Vienne: la maladie régnait dans les deux services avec une égale intensité. À partir de 1836, la première clinique fut assignée aux élèves en médecine; la deuxième, réservée exclusivement aux élèves sages-femmes. À dater de ce jour, il y eut entre les deux services une différence énorme sous le rapport de la mortalité, et cette différence se soutint jusqu’au mois de mai 1847″.

« Le 27 février 1846, Semmelweis, récemment diplômé d’obstétrique, est nommé assistant du Pr Klin. À Vienne, deux pavillons, par alternance de 24 heures à accueillent les femmes sur le point d’accoucher. En 1846, la mortalité postnatale des femmes est de 16% (note d’Aixur, probablement qu’il s’agit d’une erreur de retranscription et que le chiffre est en réalité de 1,6 %) dans le pavillon du Pr Bartch, et de 31% dans le pavillon du Pr Klin. Chez Bartch, ce sont les sages-femmes qui s’occupent des femmes, alors que chez Klin, ce sont les étudiants en médecine. En examinant les statistiques antérieures à 1840, époque où les étudiants en médecine ne travaillaient pas dans les hôpitaux et n’étudiaient pas l’anatomie par dissection mais uniquement dans les livres, il apprend que la létalité dans les deux services était identique dans les eux pavillons: 1,25%. »

« Semmelweis examine les statistiques avant 1840, époque où les étudiants en médecine ne fréquentaient pas encore les hôpitaux et n’étudiaient l’anatomie que dans les livres et non par dissection. La létalité était alors la même dans les deux services, c’est à dire faible pour l’époque: 1,25% environ.
Semmelweis observe la différence de létalité des deux services d’accouchements à l’hôpital , depuis que les étudiants pratiquent des dissections à l’hôpital. Dans un service, la létalité pouvait atteindre 30%, dans l’autre 1% à 2% seulement. Le premier était tenu par les médecins et les étudiants en médecine, le second par les sages-femmes et les élèves sages-femmes. »

« C’est alors qu’il observa que les étudiants se déplaçaient des salles de dissection cadavériques vers les salles d’accouchements, sans précaution particulière. Il remarqua que s’exhalent des relents cadavériques des mains des professeurs, assistants, étudiants qui pratiquent des dissections sur les cadavres et c’est ainsi qu’ils se rendent au chevet des femmes en couches. Il en conclut qu’il devait y avoir un AGENT INVISIBLE , causant la mort et que l’on devait éviter de transférer cet agent de la salle d’autopsie à la salle d’accouchement. »

« Il eut donc l’idée, de faire pratiquer un lavage systématique des mains, de tous les étudiants, à l’aide d’une solution de chlorure de calcium, bien que cette mesure ne corresponde à aucune exigence scientifique à l’époque. À partir de 1847, il interdit aux étudiants en médecine de quitter les salles de dissection sans s’être lavé les mains, ce qui entraîne immédiatement une baisse significative des taux de la mortalité qui passe de 12% à 3%. Il étend ses formalités de désinfection à toute personne ayant été au contact d’une malade, d’instruments de chirurgie ou de pansements, il ordonne l’isolement des femmes malades : la mortalité tombe à 1%. »

« Il constata que les femmes examinées par les élèves sages-femmes, qui n’avaient pas accès à la salle d’anatomie, étaient beaucoup moins souvent atteintes par la fièvre puerpérale. Il nota également que les femmes qui accouchaient dans la rue, de peur de mourir à l’hôpital, étaient épargnées par la maladie. Il raconte plus tard – « qu’une femme prise brusquement de douleur dans la rue… se hâte vers l’hôpital et comprend qu’elle arrive trop tard : elle supplie au nom de sa vie qu’on ne la fasse pas entrer chez Klin. »

 

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Puisque je ne crois plus au microbes pathogènes, je pense de plus en plus que c’est une fausse gloire. Mais, c’est en lisant l’article en question que me sont venues à l’esprit quelques unes des choses qui clochent avec cette histoire.

Il me semble en effet extrêmement bizarre que le fait que les médecins accoucheurs aient eu du sang de cadavre ou, plus probablement des restes de sang de cadavres sur les mains ait pu provoquer 20 % (ou 18 ou 30 %, les chiffres semblent différer de façon importante selon les sources) de mortalité parmi les femmes accouchantes. Parce que, même en croyant à la théorie des germes pathogènes, on voit mal en quoi le fait d’avoir des restes de sang pourrait causer une infection mortelle pour une femme accouchante. Jusqu’à nouvel ordre, le contact avec un peu de sang de cadavre n’est pas sensé provoquer des morts violentes. Sinon, l’ingestion de viandes un peu avancée devrait faire passer chaque année des millions de gens de vie à trépas.

Et puis, les médecins de l’exemple de Semmelweis auraient du être eux-mêmes en première ligne de l’infection. Ils auraient du mourir en masse eux aussi, puisqu’eux n’étaient pas en contact avec les germes une seule fois dans leur vie pendant quelques heure, mais pratiquement tous les jours. Il est dit que Semmelweis a été convaincu que le problème venait du sang des cadavres après qu’un chirurgien pratiquant des autopsies, Jakob Kolletschka, qui s’était coupé avec un scalpel après la dissection d’un cadavre, fut mort. Seulement, des blessures avec un scalpel pendant les autopsies, ou juste après, lors d’un accouchement par exemple, ça devait arriver fréquemment. Donc, il y aurait du y avoir de nombreux morts de chirurgiens par fièvre puerpérale. Et même sans blessure au scalpel, il y a fréquemment des petites éraflures ou des petites coupures qu’on se fait. Ca aurait pu entrer par là. Et la contamination aurait pu aussi se transmettre par les muqueuses, si les étudiants avaient porté leurs mains souillées aux yeux, au nez ou à la bouche. Donc, il y aurait du y avoir de nombreux morts parmi les étudiants. Mais apparemment, ça n’arrivait pas. Donc, ça montre plutôt bien que le contact avec le sang des cadavres n’entraine aucune maladie. Ca aurait du arriver aussi en masse aux chirurgiens pratiquant la coupure d’une jambe gangrénée par exemple, ou tout autre tissus en état de pourriture avancée.

De toutes façon, il semble que la légende selon laquelle Semmelweis ait introduit le lavage des mains soit fausse. Les médecins se lavaient apparemment déjà les mains. D’ailleurs, dans un extrait retranscrit plus haut, il est bien dit « Il remarqua que s’exhalent des relents cadavériques des mains des professeurs » ; ce qui suppose qu’ils n’avaient pas les mains dégouttant de sang, mais qu’elles étaient lavées à l’eau et que l’odeur de cadavre continuait à sentir. Ils ne devaient donc pas arriver avec les mains dégouttant de sang, mais avec les mains lavées (ce qui semble évident. On voit mal les chirurgiens arriver tout sourire les mains pleines de sang devant la femme enceinte disant « bon, ben maintenant, on va vous faire accoucher madame », genre film d’horreur. On imagine bien le grand cri de la femme en question.). Mains lavées qui devaient donc avoir peu de risques de transmettre une maladie dans des conditions d’accouchement normales (ou alors, avec un tel pouvoir infectieux, les médecins auraient du être touchés eux-mêmes). Ce que Semmelweiss aurait introduit c’est l’aseptie avec une solution concentrée de chlorure de chaux (ou chlorure de calcium).

A noter ce qui est dit  » Mais les étudiants et le personnel hospitalier protestent contre ces « lavages malsains ». Il faut dire que la solution de chlorure de chaux est apparemment irritante pour la peau. Donc, ce n’est pas par pure opposition à Semmelweis que le personnel hosptialier s’opposait au lavage de main, mais pour des raisons tout à fait compréhensibles.

D’ailleurs, la solution proposée par Semmelweis aurait du entrainer des morts chez les étudiants et chirurgiens disséquant des cadavres. Eh oui, puisque le chlorure de chaux est irritant pour la peau, ça aurait du entrainer au bout d’un moment des lésions plus ou moins à vif sur la peau de certains étudiants. Ce qui aurait favorisé le passage des germes de la fièvre puerpérale dans le sang. Mais une telle chose n’est pas arrivée.

Alors, pourquoi y a-t-il eu 20 % de morts ? Eh bien, on nous dit que c’était de jeunes étudiants chirurgiens pratiquant des opérations sur les morts qui réalisaient les accouchements aboutissant au 20 % de mortes. Peut-être que, tout simplement, nos braves et enthousiastes étudiants étaient tout contents de pratiquer l’art de la chirurgie sur les pauvrettes qu’on leur confiait. Peut-être que Klin était un excité du bistouri. et que cet esprit rejaillissait sur ses étudiants (qui étaient peut-être sélectionnés pour leur enthousiasme à pratiquer la chirurgie). Peut-être que les cas sensés être difficiles, nécessitant de la chirurgie leur étaient confiés, tandis que les sages-femmes du batiment d’en face ne la pratiquait pas. J’ai lu qu’il pratiquaient les forceps ou des épisiotomies, par exemple. Or de tels actes chirurgicaux invasifs sont bien à même de provoquer un stress oxydant important. En plus, les pics de mortalité arrivaient en hiver, lorsqu’il fait plus froid (probablement que les locaux n’étaient pas chauffés) et que la nourriture est plus lourde et moins riches en vitamines hydrosolubles. Les femmes concernées étaient pauvres apparemment. Et peut-être qu’après les actes chirurgicaux en question, on donnait aux femmes des médicaments un peu trop actifs, du genre de ceux qu’on donnait aux syphilitiques (arsenic, mercure… le genre à faire passer ad patres rapidement). Peut-être aussi qu’on leur faisait prendre des produits avant l’accouchement. Par exemple, on peut lire la chose suivante  » Birley, le patron du service, croit que Klin ne purgeait pas méthodiquement ses patientes« . Est-ce qu’on pratiquait des purges sur les femmes enceintes avant l’accouchement ? Avec quel produits ? Il faudrait avoir les comptes rendus de l’époque pour savoir tout ça. Et peut-être qu’en même temps qu’il introduisait le lavage des mains, d’autres choses étaient modifiées dans le fonctionnement de l’hopital et que ça a fait ramener le pourcentage de décès à moins de 3 %, mais que Semmelweis, tout à son idée de l’agent pathogène lié aux cadavres a évité d’en parler.

D’ailleurs, lorsqu’on lit « ce qui entraîne immédiatement une baisse significative des taux de la mortalité qui passe de 12% à 3%« , on comprend mal, puisqu’au départ, la mortalité était sensée être de 20 %, voir 30 %. Alors, la mortalité avait déjà baissé avant l’introduction du lavage des mains de 8 % (dans les 40 % de baisse), ou de 18 % (plus de 50 %) ? Ca changerait forcément beaucoup de chose. Si la mortalité était déjà en train de baisser, Semmelweis a peut-être bénéficié simplement d’une tendance favorable.

Il y a un autre chiffre : « En mai 1851, il accepte un poste dans la clinique obstétricale du Professeur Birley qui applique sa méthode : résultats 0,85 % de fièvre puerpérale. C’est à partir de ce moment qu’il commença la rédaction de son ouvrage: – « L’Etiologie de la Fièvre Puerpérale » – qu’il mettra quatre ans à rédiger ». Seulement, on ne sait pas de quel pourcentage de mortalité on partait, ni si les conditions d’expériences étaient les mêmes (manipulation de cadavre avant ou pas). Il semble qu’un épidémie de fièvre puerpérale s’était déclenchée. Mais une épidémie, ça a tendance à repartir comme ça revient. Donc, difficile de savoir s’il avait bénéficié simplement d’une tendance favorable ou pas.

Il est à noter que d’autres médecins ( John Denham) faisaient remarquer que la fièvre puerpérale touchait les femmes accouchantes dans des hôpitaux n’ayant pas de médecins pratiquant des dissections sur des cadavres. Par ailleurs, un autre médecin, Scanzoni, a expérimenté cette méthode à Prague, et en a contesté les résultats.

En résumé, il n’y avait aucune raison que les mains même légèrement souillées des étudiants chirurgiens provoquent une quantité aussi invraisemblable de morts. Ou alors, les étudiants seraient morts eux aussi. Donc, il devait y avoir autre chose qui causait ce massacre. Mais, en tout état de cause, Semmelweiss se trompait et n’est donc pas la gloire qu’il est supposé être.

 

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Quelques réflexions supplémentaires de 2008 :

– J’ai séparé cette partie de l’ensemble du texte parce qu’à l’époque j’avais vu une contradiction avec ce que je disais un peu plus loin :

« Normalement, une femme qui accouche n’a pas de plaie, pas plus que le bébé. L’accouchement se résume simplement à ce que le bébé sort du ventre de la mère. Donc, à aucun moment la très faible quantité de sang du cadavre ne devrait entrer en contact avec l’intérieur du corps de la mère. Donc, il n’y avait aucune raison que celles-ci subissent 20 % de mortalité à cause d’un germe pathogène. Si le germe avait été suffisant pour tuer la mère sans ouverture du corps, il aurait du tuer aussi les docteurs ainsi que les bébés« 

Je pensais que ça entrait en contradiction avec le fait que je disais que les morts étaient dus aux actes chirurgicaux des médecins. Mais en fait, même si l’objection est amoindrie, ça reste en partie valable. Soit les médecins ne pratiquaient pas d’actes chirurgicaux entrainant des plaies. Et dans ce cas, l’objection reste valable. Soit, comme je le pense, ils en pratiquaient. Et dans ce cas, l’objection est effectivement annulée, mais on introduit alors une autre explication possible face à l’hypothèse du germe pathogène : le fait que les actes chirurgicaux invasifs soient à l’origine du problème.

– Sur le forum onnouscachetout, une objection m’a été apporté par Tinuviel, qui mettait en partie en avant le fait que les femmes en question pouvaient avoir leur système immunitaire affaibli. Mais, ça ne pouvait pas être le cas, puisque dans le pavillon où les sages femmes opéraient, le taux de mortalité était de 1,25 %. Alors, bien sur, on peut dire que c’était l’acte chirurgical + la faible immunité. Oui, mais alors, on introduit bien le problème de l’acte chirurgical pratiqué par les étudiants médecins. Et dans ce cas, on peut tout aussi bien ne retenir que l’hypothèse que c’était l’acte chirurgical tout seul qui posait problème.

– Quoi qu’il en soit, vu que je ne crois plus du tout aux germes pathogènes, je suis sur désormais que cette histoire des mains contaminée par le sang de cadavre est complètement bidon. Les morts devaient certainement être dus à l’intervention chirurgicale elle-même et aux médicaments donnés aux femmes en question. On peut supposer qu’un certain nombre de patientes vivaient mal l’accouchement, à cause des gestes médicaux invasifs et qu’on leur donnait ensuite des médicaments qui les tuait. Surtout que comme il s’agissait apparemment de femmes pauvres, il est fort possible qu’elles servaient d’entrainement à la chirurgie aux étudiants.

De toute façon, on a deux autres médecins qui soulèvent des objections aux résultats de Semmelweis. Denham, qui dit que la fièvre puerpérale touchait des femmes dans des hopitaux où on ne pratiquait pas la dissection des cadavres. Et Scanzoni, qui a expérimenté cette méthode et en a contesté les résultats. Donc, les choses étaient loin d’être aussi simples qu’on le dit. Ce qui laisse à penser que Semmelweis a surtout retenu les faits qui allaient dans son sens et à ignoré les faits gênants qui le contredisait.

D’ailleurs, de nos jours, alors que l’asepsie est parfaite, il y a encore plein de personnes qui tombent malades après un acte chirurgical à l’hopital. On accuse les germes résistant, la faible immunité, le fait que les chirurgiens ne respecteraient pas les règles d’asepsie et autres explications bidons. La réalité, c’est que l’acte chirurgical en lui-même est très éprouvant pour le corps, et que les drogues prises par la suite achèvent de mettre la personne au 36ème dessous.