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Morphine et escarres

jeudi, décembre 9th, 2010

 

J’ai souvent entendu dire que les escarres venaient du fait que les personnes étaient alitées en permanence. Mais ça me semblait quand même bizarre que des personnes se trouvant dans un lit (donc, une surface assez confortable) développent si vite des problèmes de ce type. Je crois avoir fini par comprendre.

En fait, les escarres doivent être provoquées par la morphine. Ca doit être l’hypotension qu’elle engendre qui doit entrainer leur formation.

Ce site est assez intéressant. En effet, on y trouve la théorie officielle (a priori ça n’est pas une théorie personnelle du bloggeur en question). Et elle semble assez valable sur le mécanisme qui conduit aux escarres. La pression d’un objet sur la peau provoquerait, si celle-ci était assez forte, un arrêt de la circulation sanguine et donc un arrêt de l’oxygénation des cellules. Ce qu’on peut constater quand on pousse un doigt contre un autre (ils deviennent blancs au point de pression) Et si l’arrêt de la circulation dure trop longtemps, les tissus finissent par se nécroser et entrainer une escarre.

Par contre, la suite de la théorie, quoi qu’intéressante et ayant une parte de vérité, se focaliserait surtout sur le problème des micromouvements. Alors que le problème principal, dans la majorité des cas, viendrait selon moi surtout d’une hypotension. Et celle-ci serait surtout provoquée par la prise de morphine (et parfois par l’arrêt brutal de médicaments de type anti-inflammatoires non stéroïdiens entrainant une hypertension à la prise  et une hypotension à l’arrêt).

Le site en question est intéressant aussi parce qu’il donne des chiffres précis concernant la pression (contre la peau) à partir de laquelle le sang n’arrive plus à rentrer dans les capillaires :

Dans les artères et les veines, le sang circule parce qu’il est sous pression. On sait que la pression dans les grosses artères est de l’ordre de 120 à 140 mm de mercure. Mais dans les petites artères la pression est de 32 mm de mercure ; dans les capillaires elle est de 20 mm de mercure. Cela signifie que si on comprime la peau avec une pression de 20 mm de mercure le sang va cesser de circuler, et la peau va se trouver en danger : la simple pression de mes doigts l’un sur l’autre fait blanchir la peau parce que le sang n’y circule plus.

Or la peau est en permanence soumise à des pressions dangereuses. Par exemple au lit les pressions habituelles sont :

– Au sacrum 60 mmHg

– Aux talons 45

– A l’occiput 40

– Au dos 30

– Aux coudes 20

– Aux omoplates 10

Au fauteuil, les pressions sur les os des fesses sont couramment de 60 mmHg, (du moins si les pieds du malade touchent le sol : sinon il faut doubler la pression).

… la pression critique à partir de laquelle les artérioles se ferment est, on l’a vu, de 32 mm de mercure. Au fauteuil les pressions atteignent couramment 300 mm de mercure ; un bon coussin anti-escarres parvient à ramener la pression à 120 mm de mercure.

 

Le problème avec ces chiffres, c’est que ça veut dire que, normalement, on devrait tous développer des escarres. Les théoriciens officiels sont conscients de cet illogisme. Et du coup, ils défendent l’idée que le corps ferait des micromouvements de façon permanente. Ca permettrait de soulager régulièrement les différentes zones soumises à la pression. Et ce serait ça qui ferait que les escarres ne se développeraient pas.

Seulement, les chiffres donnés vont à l’encontre de cette idée. Sur un siège, la pression sur les fesses et de 60mmHg, voir même de 120 si les pieds ne touchent pas le sol. Ca veut dire qu’on excède largement les 20mmHg qu’on trouve dans les capillaires. Donc, normalement, les micromouvements ne devraient pas permettre de passer sous la pression correcte. Ca devrait permettre de passer à 30 ou 40 mmHg, mais pas tellement moins (et probablement pas moins de 60 mmHg si les pieds ne touchent pas le sol). Surtout qu’au niveau des fesses, par exemple, la pression est répartie sur une vaste zone. Donc, les micromouvements ne devraient permettre de changer la pression qu’à la périphérie, mais pas tellement dans la large zone de contact avec le siège.

Or, dans la vie normale, on reste souvent assis 10 ou 12 heures par jour, et souvent sur des trucs tape-cul (quand on est jeune sur les sièges des écoles ou des lycées). On est assis pendant 8 heures au travail, 1 heure dans les transports, et encore 4 heures à la maison (diner, télé, lecture dans le lit). Soit 12 ou 13 heures. Et même dans le lit, pour ceux qui dorment sur le dos, ça fait dans les 22 heures. Donc, normalement, on devrait avoir des escarres sur les fesses. Ca devrait être quasi inévitable. Mais non, les gens ne développent pas d’escarre.

Ou au moins, sans aller jusqu’à l’escarre, on devrait développer des rougeurs, des inflammations plus ou moins importantes. Mais non, là encore, on ne développe rien de tout ça. La peau reste totalement normale même après des heures et des heures de position assise.

Surtout qu’il est dit qu’une escarre peut se développer en seulement 2 ou 3 heures (voir Wikipédia : « des escarres peuvent apparaître en deux heures » ou le site donné précédemment « Mais il faut savoir qu’une escarre peut se produire en trois heures« ). On ne voit jamais ça chez des gens bien portants. D’autant plus qu’être assis sur une chaise en bois pendant toute une journée est bien plus pénible qu’être allongée dans un lit douillet.

Par ailleurs, de nombreuses personnes qui développent des escarres ne sont pas en état de coma ou d’immobilité totale. Elles peuvent tout à fait bouger et donc faire des micromouvements. En plus, elles sont souvent alitées ou sur des fauteuils confortables, donc, des supports très moelleux. Et pourtant, elles développent des inflammations ou des escarres.

Donc, c’est bien qu’il y a quelque chose d’autre.

Ce qu’on peut penser, c’est qu’en réalité, le corps peut supporter plus que 20 mmHg de pression. Il doit y avoir certains mécanismes qui doivent permettre d’aller jusqu’à 60 mmHg. Donc, en bonne santé, rester longtemps assis ne poserait pas de problème.

Seulement, une baisse de tension changerait complètement la situation. D’un seul coup, on se retrouverait avec une pression bien plus basse dans les capillaires. Et on se retrouverait alors suffisamment au dessous du point de pression pour que commence à se développer des inflammations et des escarres.

Il est d’ailleurs reconnu que l’hypotension est une cause possible d’escarres (voir ici).

Or, la morphine entraine une hypotension. Donc, il est clair que si quelqu’un qui prend de la morphine développe des escarres, c’est bien à cause de celle-ci. Ce n’est pas un hasard si ce genre de situation arrive chez les personnes en fin de vie. Très souvent, celles-ci sont sous morphine.

Selon le site évoqué précédemment, l’oxygénation du sang est importante aussi dans la survenue d’escarres. Une insuffisance respiratoire ou cardiaque peut participer à la formation d’escarres. Et justement, la morphine engendre des faiblesses respiratoires et cardiaques plus ou moins importantes. Donc, par ce biais là aussi, la morphine peut provoquer des escarres.

Bien sur le fait qu’une personne soit alitée sans pouvoir faire de micromouvements doit certainement jouer. Et dans certains cas, ce sera effectivement le problème principal (personnes dans le coma, personnes paraplégiques, etc..). Mais très souvent, ça ne sera pas le cas, ou ça ne sera pas le problème du tout (puisque la personne sera capable de faire les micromouvements en question et ne sera pas alitée ou assise 24h/24).

Bien sur, il peut y avoir d’autres causes d’escarre. Par exemple, la prise de médicaments ayant un effet de type cortisone peut provoquer ce genre d’effet. Avec les thromboses que ça peut provoquer dans les jambes, le flux sanguin peut être ralenti. Il y a alors une hypotension locale. Et des escarres peuvent se développer au niveau du pied par exemple.

Le problème, c’est que pour traiter la douleur causée par les escarres, que donne-t-on aux malades ? De la morphine (voir ici). Soit, exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Donc, on comprend assez bien pourquoi chez de nombreuses personnes, il y a multiplication des escarres. Et on comprend aussi, pourquoi les escarres déjà présentes mettent un temps fou à se guérir. Enfin, cela dit, s’il y a escarre, c’est en général parce que la personne prend déjà de la morphine. Donc, on ne fera qu’en donner un peu plus. Mais pour les situations où ce n’est pas le cas, donner de la morphine n’est vraiment pas la chose à faire.

Heureusement, comme le corps s’habitue à la morphine, parfois, son influence diminuant (si on reste à la même dose, où si on n’augmente pas trop les doses), l’escarre va pouvoir se réparer petit à petit. C’est pour ça que, même sous morphine, certaines personnes vont voir leur escarre disparaitre. Et elles ne vont avoir qu’une escarre. Mais chez de très nombreuses autres personnes, il va y avoir au contraire augmentation du nombre d’escarre et très grand difficulté à guérir des escarres déjà formées.

L’utilisation de médicaments augmentant le taux de cortisol va s’opposer aux effets hypotenseurs de la morphine. Donc, ça aussi ça va permettre de limiter le nombre d’escarres et de faciliter la guérison des escarres déjà en place.