La vraie cause des gangrènes dans l’ancien temps

Un petit article rapide.

En faisant un nouvel article sur l’espérance de vie, j’ai découvert en passant pourquoi il y avait autant de gangrènes dans l’ancien temps.

En réalité, c’était à cause des saignées.

Le problème de la saignée, c’est qu’à cause de l’hypotension extrême que ça provoquait, ça ralentissait énormément le flux sanguin. Et par ailleurs, ça concentrait très fortement le sang. Résultat, les cellules étouffaient déjà à cause du ralentissement du flux sanguin, mais aussi à cause de la création de caillots aux extrémités. Caillots créés par le ralentissement et la concentration du sang. Et avec l’asphyxie des cellules, venait la gangrène. C’est aussi simple que ça.

En fait, pour la concentration du sang, c’est à voir. Probablement que ça le faisait dans un premier temps. Donc, des caillots pouvaient se former à se moment-là. Mais probablement qu’au bout de quelques heures ou dizaines d’heures, l’eau des cellules était injectée dans le circuit sanguin afin de le reremplir. Donc, là, au lieu d’être concentré, il devenait au contraire dilué. Ce qui ne devait pas être bon de toute façon pour la respiration des cellules, puisqu’il n’y avait alors plus assez de globules rouges pour apporter l’oxygène aux cellules. Donc, le problème de l’asphyxie des cellules et donc de la gangrène continuait à se poser. Enfin, si les saignées étaient réitérées, il n’y avait plus assez d’eau dans les cellules pour alimenter le circuit sanguin, et le sang finissait par être définitivement plus concentré. Et là, les risques de caillots devenaient très importants.

Voici un petit diagramme pour rendre la chose plus visuelle :

 

 

Ça concernait les gens non malades, les malades, et les blessés.

On pratiquait la saignée préventive sur les non-malades. Donc, il suffisait que la saignée soit un peu trop forte, ou que la personne ait déjà un système veineux détérioré. Et paf, la gangrène pouvait apparaitre.

On la pratiquait évidemment sur les malades. Et là, comme on prélevait des quantités énormes de sang, la gangrène arrivait encore plus souvent. Il n’y avait même pas besoin que le système veineux soit détérioré.

Enfin, on pratiquait la saignée sur les blessés, par exemple sur les champs de bataille. Le problème était le même que pour les personnes malades. Mais venait s’y ajouter le fait que la personne avait déjà perdu du sang, et que la jambe ou le bras pouvait être endommagé.

Donc, la fin des gangrènes chez les personnes blessées n’a rien à voir avec la découverte de l’asepsie. C’est uniquement dû au fait qu’on a arrêté de saigner à mort les gens. Et ensuite au fait qu’on a pu faire des transfusions sanguines et de la réhydratation par intraveineuse. Ainsi, le flux sanguin continue à circuler rapidement et le sang à être fluide, ce qui évite les gangrènes.

Parce que, bien sûr, même sans saignée, un blessé peut avoir perdu beaucoup de sang. Donc, à cause du même principe, la gangrène peut apparaitre. D’où l’utilité de la transfusion sanguine ou de la réhydratation.

On ne parle pas du cas où le sang peut ne plus arriver parce que la jambe ou le bras est blessé et qu’une veine est touchée. Là, il s’agit d’un problème vasculaire à résoudre par chirurgie ou par amputation.

En tout cas, un membre avec un système circulatoire sain ne risque absolument pas la gangrène. On peut mettre tous les microbes qu’on veut en contact avec le sang, il ne se passera strictement rien. Et un membre où les cellules ne reçoivent plus d’oxygène pourra être parfaitement nettoyé, ça n’empêchera en rien la gangrène de s’installer.

Et on peut penser que l’accusation de l’ergot de seigle (ergotisme) comme cause de gangrène est très largement exagérée. Peut-être que l’ergot de seigle avarié pouvait provoquer ce genre de chose. Mais l’écrasante majorité des cas devait venir des saignées. L’ergot de seigle a fourni un coupable facile pour éviter de mettre en cause la saignée.

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2 Responses to “La vraie cause des gangrènes dans l’ancien temps”

  1. aixur dit :

    Sur ce site, on trouve une petite histoire de la saignée, assez récente, écrite par un médecin (d’ailleurs, ça doit être grâce à lui que j’ai fait le lien entre la saignée et la gangrène).

    http://patrimoinemedical.univmed.fr/articles/article_saignee.pdf

    Celui-ci dit que la saignée pouvait provoquer une gangrène. Donc, il y en a qui sont conscients de la chose. Mais, il pense que la gangrène était provoquée par une infection de l’incision.

    « D’autres complications sont rapportées, parmi lesquelles la plus fréquente est l’infection locale, parfois responsable de gangrène ».

    Donc, ça n’a que très peu de choses à voir avec ce que je dis. Il pense qu’il s’agit d’une infection microbienne liée à l’incision. Alors qu’à mon avis, c’est simplement l’étouffement des cellules qui cause le problème. Et il n’a pas l’idée que la plupart du temps, la gangrène devait venir de la saignée. De ce qu’on lit entre les lignes, pour lui, ça devait arriver de temps à autres, assez rarement. Donc, ça n’était pas une cause majeure de gangrène. Alors que dans mon interprétation, si.

    Bref, son interprétation reste ultra classique.

  2. aixur dit :

    En faisant des recherches sur l’histoire du cancer du sein, j’ai découvert le concept de « gangrène d’hôpital » ou de « pourriture d’hôpital » dans un livre de Samuel Cooper (dictionnaire de chirurgie pratique, 1826, page 622).

    https://books.google.fr/books?id=DyV3hC5g7bAC&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    Avec ce qui est écrit dans le présent article, on comprend bien pourquoi il y avait un problème spécifique de gangrène d’hôpital. Comme on y faisait des saignées abondantes (à cause de la gravité des cas qu’on y amenait), les gangrènes s’y déclaraient plus souvent, au point qu’on se mette à parler de gangrène d’hôpital.

    Ça n’avait évidemment rien à voir avec la mauvaise asepsie ou la présence d’autres malades transmettant des germes pathogènes. C’était essentiellement lié à la saignée.

    En fait, c’est un peu comme pour les maladies nosocomiales de maintenant. Les opérations faites à l’hôpital et les médicaments qui y sont donnés provoquent des effets secondaires importants. Et au lieu de reconnaitre ça, on dit qu’il s’agit de maladies microbiennes liées à la présence des bactéries résistantes dans l’hôpital.

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