La rage (partie 2/4)

1)    L’hydrophobie

 

 

L’hydrophobie est supposée être le grand symptôme de la rage humaine ; c’est le plus spécifique de cette maladie (ou tout du moins, ça l’était jusqu’au 19ème siècle). Ça se traduit par une agitation extrême à la simple vision de l’eau, ainsi que le refus de son absorption.

Seulement, si on y réfléchit deux minutes, cette histoire d’hydrophobie est ridicule. S’il y a hydrophobie, c’est qu’une zone très particulière du cerveau est attaquée (sur Wikipédia, il est dit que la rage provoque une encéphalite). Mais si le virus s’attaque aux neurones ou encore à d’autres cellules du cerveau, il ne peut pas le faire de façon spécifique. Il doit s’attaquer à l’ensemble du cerveau.

Donc, les symptômes devraient forcément varier selon les personnes. Jamais on ne retrouverait un symptôme aussi particulier de façon aussi régulière. L’hydrophobie est clairement le symptôme d’une démence. Or, avec une maladie de ce type, les symptômes sont différents d’individu à individu. Untel va devenir agressif, tel autre va avoir une idée fixe, tel autre encore va devenir aphasique, ou hémiplégique, ou perdre la mémoire, etc…

Donc, il est clair que : soit ce symptôme relève de l’invention pure et simple, soit il avait une certaine réalité, mais différente de ce qu’on en disait, et causée par autre chose. A l’analyse, il semble que ce soit un peu des deux. On analysera plus en détail le problème dans la partie 9, mais en voici déjà un petit aperçu.

Déjà, on sait que l’usage de certains médicaments provoque une sensibilité à la lumière. C’est le cas du mercure, qui était souvent utilisé. Ici, on apprend que la belladone et la quinine le faisaient aussi.

Une simple migraine ophtalmique peut entrainer des problèmes un peu similaires.

Par ailleurs, certains médicaments provoquaient aussi une irritation de la gorge et du conduit digestif.

Et ces médicaments peuvent provoquer une démence.

Donc, parfois, la personne avait reçu un traitement au mercure, ou à la belladone, etc.., et développait une sorte de photophobie. Comme la lumière danse sur l’eau, pour quelqu’un qui est atteint de ce problème, ça peut être désagréable à voir. La personne refusait donc de regarder l’eau.

Dans d’autres cas, elle refusait tout simplement l’eau à cause de la souffrance que celle-ci lui procurait lors de l’absorption.

Et avec la démence que provoquait le mercure (ou d’autres médicaments, les traitements étaient très variés), les réactions pouvaient être violentes. A ce moment-là, le médecin pouvait interpréter ça comme une hydrophobie.

Donc, ici, on avait quelque chose qui pouvait être interprété comme une sorte d’hydrophobie. Mais le problème était causé par des substances chimiques toxiques.

Mais d’un autre côté, souvent, le symptôme ne venait que de l’hystérie du malade, ou était imaginé par les proches ou le médecin qui voyaient un peu ce qu’ils voulaient voir. Donc, là, on était dans l’invention pure et simple.

 

 

2)    Absence de rage dans d’autres pays

 

 

Un autre élément montrant qu’on a affaire à maladie complètement inventée, est que dans divers pays, la rage n’existait pas, ou n’était que très peu présente.

Ainsi, on trouve dans le livre « Nouveau traité de la rage, observations cliniques, recherches d’anatomie pathologique, et doctrine de cette maladie », Louis Francois Trolliet, 1820, page 272 :

« Cette cruelle maladie exerce ses ravages dans les climats tempérés de l’Europe, dans nos contrées ; c’est en France, en Allemagne, en Angleterre et en Italie, que les médecins ont le plus écrit sur cette matière.

Elle ne se montre point dans une partie de l’Asie, en Egypte et dans l’Amérique méridionale.

On n’observe point la rage en Syrie, ni en Egypte, selon Volney (Voy. En Syrie, t. 1er). Savari dit que les chiens ne sont jamais atteints de ce mal dans l’île de Chypre et dans la partie de la Syrie qui avoisine la mer.« 

« On n’observe point l’hydrophobie en Egypte, selon M. Larrey, qui attribue cette heureuse exception d’un mal aussi redoutable, à l’inaction des chiens pendant le jour, à l’eau fraiche qu’on tient continuellement à leur portée, à leur vie solitaire et à la rareté de leurs accouplements.

On lit dans un voyage de Brown en Afrique (Browne’s reisen in Affrica, AEgipten, etc.), qu’en Egypte, la rage n’existe pas ou parait à peine. Un accord aussi grand entre les savants qui ont parcouru ces contrées, ne laisse aucun doute à cet égard. Il cadre avec le silence d’Hippocrate.

De semblables observations ont été faites en Amérique. Moseley, cité par Plouquet, dit que la rage n’existait pas dans les Indes occidentales avant 1783. Il parle sans doute de la partie méridionale, puisque Portal s’exprime ainsi « Elle n’est pas connue, au rapport de quelques auteurs et de plusieurs voyageurs que j’ai consultés, dans toute la partie méridionale de l’Amérique« .« 

« De la Fontaine, auteur cité par Plouquet, dit qu’elle est extrêmement rare en Pologne.« 

 

Dans le livre « Encyclographie des sciences médicales, Volumes 34 à 36 », Établissement Encyclographique, 1838, page « septembre 1838, page 1 » :

« … des voyageurs, des médecins, Volney, Larrey, Brown, Savary, Portal, etc., disent que la rage est à peine connue dans l’Egypte, la Syrie, le Cap de Bonne-Espérance, l’Amérique méridionale. On ne voit presque jamais la rage à Archangel (note d’Aixur : Arkhangelsk : ville au nord-ouest de la Russie), ni dans les pays qui sont au nord de Saint-Pétersbourg (note d’Aixur : donc la Norvège, la Suède, la Finlande et le nord de la Russie), tandis que la rage est fréquente dans les climats tempérés.« 

 

Dans le livre de Faugère-Dubourg « le préjugé de la rage », 1866, page 111/112 :

« La température du midi de l’Italie est la même que celle de la Grèce ; comment se fait-il que le virus rabique exerce ses plus cruels ravages dans les provinces napolitaines et respecte l’Attique ?

Sans doute, est-ce affaire de tradition ; ni Homère ni Hippocrate n’ont soufflé mot de la rage dont, selon Plutarque, on ne trouve de trace dans l’histoire ancienne que deux siècles après Aristote, et, naturellement les Grecs jurent sur la parole d’Homère et d’Hippocrate, leurs compatriotes, plutôt que sur celle de Celse et de Galien. Chose étrange et que je ne veux pas approfondir, laissant à d’autres le soin de déduire les conséquences, c’est chez les peuples les plus catholiques : Italie, Espagne et France, que la rage s’est toujours fait le plus cruellement sentir.

Les pays protestants sont plus réfractaires, et dans ceux que régit la loi de Mahomet, bien que les chiens errants y abondent et pullulent à merci, elle est complètement inconnue. »

 

« A défaut de rage spontanée chez le chien né dans les pays privilégiés que nous venons de citer, il se fut bien certainement développé quelques cas de rage communiqué au contact de chiens étrangers venus à la suite de leurs maitres. De fait, en Egypte, en Algérie surtout, de rares cas ont été relevés ces dernières années, non par les indigènes, mais par les colons. Est-ce là la rage importée ? Qui oserait l’affirmer, depuis si longtemps que les croisements s’opèrent ?

Je croirais plutôt à l’importation du préjugé. Les chiens, là comme ici, en Egypte comme en Algérie, en Russie comme en Grèce, et dans les deux Amériques, sont bien certainement sujets aux mêmes affections morbides particulières ; seulement, si l’on n’a pas diagnostiqué dans ces pays, avant que nous y fussions venus, la maladie de la rage telle que nous l’observons, c’est que l’habitant de ces terres, ne croyant avoir rien à en redouter, n’y a jamais prêté une attention sérieuse. »

 

Dans « M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur », Dr Lutaud, page 98 (ici) :

« Les Barbades ne la connaissaient pas avant 1741, Saint-Domingue avant 1776, la Jamaïque et la Guadeloupe avant 1783. La rage ne s’est montrée à l’île Maurice, pour la première fois, qu’en 1813.« 

Or, la Barbade n’a été colonisée par les anglais qu’à partir de 1627. Même date pour Saint-Domingue par les français. La Jamaïque et la Guadeloupe l’ont été à partir de 1500 environ. L’ile Maurice n’a commencé à avoir une vraie colonisation (entrainant donc beaucoup de mouvements de bateaux contenant des colons) que vers 1721. Donc, il a fallu respectivement 114 ans, 149 ans, 283 ans, et 91 ans pour que la rage arrive dans ces iles.

Juste après, on a :

« Clarke affirme qu’elle est inconnue à la Côte-d’Or (Guinée) et au Cap de Bonne-Espérance. Nous savons de source certaine que la rage n’a jamais été observée sur le territoire australien, qui compte plusieurs millions d’habitants. « 

Apparemment, la Guinée de l’époque, c’est l’actuel Ghana.

 

The Sunday Herald, Baltimore 13 décembre 1896, page 6, par Irving C. Rosse M.D, originellement dans le « Maryland Medical Journal » (voir ici) :

« En Asie Mineure et à Constantinople, la terre des chiens errants, on n’entend jamais parler d’hydrophobie. Le secrétaire de la mission diplomatique japonaise à Washington me dit qu’il n’a jamais entendu parler de la maladie au Japon, et qu’en Corée, où il y a plus de chiens que dans aucun autre pays, elle est inconnue également.

En Allemagne, on en entend parler très peu, de nombreuses années passent sans qu’un cas ne soit rapporté à Berlin.

A Londres, avec ses 5,5 millions d’habitants, seul un cas a été signalé en 1892 ; et la Gazette de Saint James du 17 mars, rapporte que « 8.000 chiens errants ont été capturés, pas un seul d’entre eux n’a affiché de symptômes de la rage ». La même chose concernant les chiens capturés s’applique à Birmingham.« 

Par ailleurs, on apprend dans « Les loups« , G. Cardone, Editions Larousse, 2003, page 130, que ceux-ci ont été exterminés en Angleterre dès le 16ème siècle. L’écosse a suivi en 1684 et l’Irlande en 1710. Forcément, ça a du participer au fait qu’on y ait vu moins de cas, même s’il restait les chiens errants, les renards, les chats, etc…

 

Dans le livre « Voyage dans la haute et basse Egypte: fait par ordre de l’ancien gouvernement et contenant des observations de tous genres, Volume 1 », Charles Nicolas Sigisbert Sonnini de Manoncourt, Jean Baptiste Pierre Tardieu, chez F. Buisson – 425 pages, (1798 ou 1799, an 7 de la république), page 313 :

« Il est sans doute étonnant qu’au milieu d’une vie de misère et de souffrance, plusieurs de ces chiens ne soient pas fréquemment attaqués de l’hydrophobie. Mais cette maladie, rare dans le nord de la Turquie, l’est encore plus dans les parties méridionales de cet empire, et elle est inconnue sous le ciel brûlant de l’Egypte. Je n’en ai vu aucun exemple ; et les habitants que j’ai consultés, n’en avaient pas l’idée.

Il paraitrait néanmoins que la rage n’a pas toujours été étrangère à cette contrée, puisque selon les hiéroglyphes d’Orus-Apollon, cités par M. Paw, ceux qu’on chargeait d’embaumer les chiens sacrés, lorsque ces animaux étaient morts d’hydrophobie, contractaient une maladie particulière. Le même auteur remarque, à la vérité, que ces accidents n’étaient pas forts communs. Il serait possible aussi que le passage d’Orus-Apollon fût susceptible d’une autre interprétation.

Quoi qu’il en soit, il est très certain qu’à présent en Egypte, de même que dans d’autres parties de l’Afrique, et dans la zone la plus chaude de l’Amérique, les chiens ne sont jamais attaqués de la rage. En sorte que l’observation contredit une présomption plausible, et fondée en apparence sur des principes naturels ; savoir, que la rage devait être commune, en raison de l’intensité de la chaleur ; proposition que les faits détruisent, et ils jetteront, peut-être, quelque jour sur la nature de cette cruelle maladie, et sur sa méthode curative.« 

En note de bas de page de la page 314, on trouve :

« M. Lecointre qui demeuré en Egypte, assure que, dans cette contrée, on ne trouve jamais l’hydrophobie, et qu’à Alep où il y a une multitude prodigieuse de chiens de diverses espèces, à l’abandon et sans maîtres, que là, où ces animaux périssent en grand nombre, faute d’eau et d’aliments, et par la chaleur du climat, on n’a jamais vu d’hydrophobie. (Mém. sur un moyen de guérir l’hydrophobie, pas M. de Mathéis, inséré dans la bibliothèque. Physico-Econom, année 1784, page 216).« 

Pour mémoire, Alep, c’est en Syrie.

 

Dans le livre « Mémoire sur les causes de l’hydrophobie: vulgairement connue sous le nom de rage, et sur les moyens d’anéantir cette maladie », M. Bosquillon* (Edouard-François-Marie), Gabon (libraire place de l’école de médecine), 1802, page 31 :

(* Docteur Régent de la ci-devant Faculté de Médecine de Paris, ancien professeur de chirurgie latine et de matière médicale, professeur de langue grecques au Collège National de France, médecin du grand hospice de Paris, de la Société de médecine d’Edimbourg, de la Société médicale d’émulation de Paris, etc…)

« Ainsi, on rencontre dans toute la Turquie, dans Constantinople surtout, quantité de chiens affamés et errants, qui n’ont point de maitre ; on les approche avec sécurité, et l’on n’y entend jamais parler de la rage. On objectera en vain que cette différence tient à la nature du climat ; les mêmes pays où la rage est absolument inconnue aujourd’hui, la Turquie asiatique surtout, et l’ile de Candie, passaient autrefois pour en être le berceau, et elle y était même en quelque sorte épidémique, au rapport de Caelius Aurelianus. Il est donc évident qu’on ne peut attribuer l’avantage dont jouissent aujourd’hui ces peuples, qu’à la sécurité qu’on leur a inspiré dès l’enfance. »

 

Dans l’ouvrage « La rage en Tunisie au 19ème siècle : recrudescence ou émergence ? », Kmar Ben Néfissa, Anne Marie Moulin et Koussay Dellagi, 2007, page 176 :

« Et le second document est une note manuscrite signée par un vétérinaire fonctionnaire de l’Etat tunisien, français d’origine, le Dr Bouquet, datée du 12 juin 1876 et adressée au premier ministre. On y trouve une mise au point de l’actualité médicale de l’époque 6 sur la rage et sa prophylaxie ainsi que quelques informations sur la situation épidémiologique à Tunis, avec les paragraphes suivants.

« En présence de nombreux cas de rage qui se produisent à Tunis depuis quelques mois […]. Les renseignements pris à Tunis m’ont fait connaître que ce n’est que depuis cinq ans tout au plus que la rage y a fait sa première apparition, il est probable qu’elle a été importée par des chiens venant d’Europe. »

L’idée que la rage est une maladie d’importation venue du Vieux Continent est très ancrée à l’époque, et elle continue à être répandue jusqu’à nos jours. »

 

Un peu plus loin, page 177 :

« En Orient musulman, les observateurs du XIX e siècle notent que la rage est absente, du moins dans les villes. Le Dr Bouquet relève:

L’existence de la rage dans les pays chauds a été très longtemps niée. Les médecins attachés au service sanitaire en Egypte, en Syrie, en Turquie, affirment qu’elle était inconnue il y a sept ou huit ans. Prince, ancien directeur de l’Ecole vétérinaire d’Abouzabel (Egypte) n’y a pas vu un seul cas de rage en dix ans (12).

12 Archives Nationales du Gouvernement de Tunis, série historique, dossier 795, carton 66, armoire 7, pièce 6, note du Dr Bouquet.« 

Donc, ici, il est dit qu’elle était inconnue en Turquie.

 

Encore page 177 :

« En Afrique, la rage était à la fin du 19ème siècle une maladie apparemment nouvelle sur le continent; le premier cas notifié en Afrique subsaharienne date de 1893 (9). Cependant, une maladie paralytique rapidement évolutive dite du «chien fou», oulo fato en dialecte local, a été décrite dès 1815 au Sénégal et, plus tard, diagnostiquée comme rage (10).

9 : Bingham, J.,“Canine Rabies Ecology in Southern Africa”, Emerging Infectious Diseases 9 (2005) 1337–1340

10 : Balozet, Lucien, «Etat actuel de nos connaissances sur la rage dans les contrées tropicales et subtropicales et sa prophylaxie. La vaccination préventive des chiens», Archives de l’Institut Pasteur de Tunis 4 (1938) 450–459« 

 

Dans l’ouvrage, « Nouveau journal de médecine, chirurgie, pharmacie, etc« , Corvisart, Leroux, Boyer, Tome XIII, janv. 1807, page 100/101 :

« Les voyageurs rapportent qu’il est très rare de voir des chiens enragés dans l’île de Chypre, à Sidon et à Tripoli, où le climat est brulant, où l’on manque d’eau pendant une partie de l’année, et où il existe un grand nombre de chiens qui errent çà et là, vivant de ce qu’ils trouvent dans les rues (1).

(1) Saury, abhaudlung für pralltische aertze, t. 8, p.491

M. Pouqueville, dans son voyage en Morée (t. I, p.408), doute fort qu’il y ait des hydrophobies dans tout l’Orient, quoique des personnes dignes de foi lui aient assuré en avoir vu à Constantinople. »

Sidon est au Liban et Tripoli en Lybie. On voit mal comment il y aurait pu y avoir ne serait-ce que quelques rares cas en Lybie et au Liban, alors que par ailleurs, d’autres auteurs disent que la maladie était totalement inconnue à cette époque en Tunisie en Syrie et en Egypte. Puisque la Tunisie et l’Egypte entourent la Lybie, on se demande bien d’où viendraient les cas en question dans ce pays. Surtout que Tripoli est tout près de la frontière Tunisienne (150 km). Même chose pour le Liban, qui est entouré par la Syrie et l’Egypte. A moins qu’il ne s’agisse de cas imaginés par des médecins occidentaux venus sur place bien sûr.

 

 

Donc, on ne trouvait pas la rage en Egypte (elle y était même totalement inconnue), en Syrie, et dans l’ile de Chypre. Sonnini dit qu’elle est rare dans le nord de la Turquie et encore plus dans les parties méridionales de cet empire, et totalement inconnue en Egypte. Irving C. Rosse va plus loin et dit qu’elle était inconnue dans toute l’Asie mineure ainsi qu’à Constantinople. Faugère-Dubourg va encore plus loin et dit que la maladie est complètement inconnue dans tous les pays musulmans. Et même si, depuis quelques temps, la maladie se rencontrait un peu plus en Algérie et en Egypte, c’est que les rares cas étaient relevés par les colons, et pas par les indigènes ; ce qui laisse effectivement conclure à l’importation du préjugé, comme il le souligne.

Alors, bien sûr, on peut dire que c’est Sonnini qui avait raison et qu’il y avait quand même quelques rares cas en Turquie et dans la partie au nord de l’Egypte. Seulement, ça introduit un illogisme. Comment peut-il se faire que la maladie ait été présente en Turquie et en Syrie, mais pas en Egypte ? Vu que ce dernier pays a tout autant de chiens errants que la Turquie et la Syrie, la rage aurait dû y être présente aussi. Surtout que l’Egypte est très près de la Syrie (250 km). Par ailleurs selon le Dr Bouquet, des médecins disaient que la maladie était inconnue en Turquie. Donc, on peut penser que ce sont les versions de Rosse et de Faugère-Dubourg qui sont les bonnes. En réalité, la maladie était complètement inconnue dans tous les pays musulmans.

Surtout que si on considère la version dissidente du problème, dans la mesure où la Turquie, la Syrie, et l’Egypte faisaient partie du même empire ottoman, il n’y aurait pas eu de raison qu’il y ait de grosses différences théoriques entre les médecins des différentes parties de l’empire. Et s’il y avait eu même simplement de rares cas en Turquie et en Syrie, ça aurait voulu dire qu’on croyait à la théorie de l’hydrophobie transmise par les chiens. Donc, si ceux de Turquie et de Syrie avaient cru à l’existence de la rage, il n’y aurait pas eu de raison que ceux d’Egypte n’y aient pas cru. Et alors, les médecins auraient inventé des cas aussi en Egypte. S’il n’y en avait pas en Egypte, c’est bien que, dans l’ensemble de l’empire Ottoman, personne n’y croyait. Ce qui va dans le sens de ce que disent Rosse et Faugère-Dubourg.

Mais il fallait que les historiens et médecins officiels nous parlent d’au moins « quelques rares cas » ; sinon, ça aurait introduit une énorme bizarrerie. Comment se serait-il fait que la rage était présente en Europe, et pas en Asie Mineure, qui est pourtant tout près ?

Mais bon, quelle que soit la situation, il y avait un illogisme. Soit il n’était pas normal qu’il y ait la rage en Europe et pas dans l’empire ottoman, soit il n’était pas normal qu’il y ait la rage en Turquie et en Syrie et pas en Egypte.

Et puis, de toute façon, il n’était pas normal non plus qu’il n’y ait que de rares cas dans ces zones-là, alors que les chiens errants y pullulaient.

Au passage, ça introduit un autre illogisme, dont on a parlé un peu plus haut : comment des auteurs ont-ils pu parler de la rage en Afrique du Nord et en Asie-Mineure jusqu’au 10ème siècle, alors qu’ensuite, plus personne n’en a entendu parler pendant 900 ans ?

 

Pour l’Afrique du nord, le document sur la rage en Tunisie montre que la rage était inconnue à Tunis encore en 1870 et n’est arrivée qu’avec les colons européens.

Or, là aussi, c’est tout à fait anormal. En effet, vu que l’Espagne était considérée comme très infestée, et vue sa proximité avec l’Afrique du Nord, la maladie aurait dû se propager rapidement au Maghreb, et de là, jusqu’au sud de l’Afrique. Le fait que ça ne soit pas le cas montre bien qu’il ne s’agit que d’une maladie inventée.

La Barbade, Saint-Domingue, la Jamaïque et la Guadeloupe, et l’île Maurice n’ont eu leurs premiers cas de rage qu’en 1741, 1776, 1783, et 1813. Bien sûr, les partisans de la théorie officielle diront que c’est parce que parce que c’était des îles que la rage y était inconnu. Pourquoi pas ? Seulement, comme on l’a vu, il a seulement fallu respectivement 114 ans, 149 ans, 283 ans, et 91 ans pour que la rage y arrive. Et ça, alors que ces îles sont très éloignées du continent européen (spécialement l’île Maurice), et que la durée du voyage rendait d’autant plus improbable l’arrivée d’un chien dont la rage n’aurait pas été détectée. En effet, il devait falloir au moins 6 mois pour arriver à l’île Maurice. Le chien avait tout le temps de mourir, puisque dans cette espèce, la rage se déclare entre 15 à 60 jours après la morsure, et la mort survient en 4-5 jours. D’autant plus qu’une morsure, en général, ça se voit. Donc, le médecin du navire aurait mis l’animal en quarantaine ou ne l’aurait pas admis sur le bateau.

Dès lors, le fait que la rage ne se soit pas propagée au Maghreb est totalement inexplicable. Cette région, située à moins de 10 km de l’Espagne, et 140 km de l’Italie, et faisant très certainement l’objet d’échanges commerciaux intenses n’aurait jamais pu rester exempte de rage pendant plus de 2.000 ans, alors qu’une île faisant forcément l’objet d’échanges beaucoup plus limités et située à 6 mois de bateau a réussi à être contaminée en moins de 100 ans.

Et comme on l’a vu, si l’Egypte était considérée comme exempte de la rage, ainsi que la Tunisie, il n’y avait pas de raison qu’il y en ait eu en Lybie. Et s’il n’y en avait pas dans ces trois pays, il n’y avait pas de raison qu’il y en ait eu au Maroc et en Algérie.

Et de toute façon, le document sur la rage en Tunisie dit que la maladie était inconnue sur le continent africain jusqu’à la fin du 19ème siècle. Donc, on a confirmation de ce que les premières informations parcellaires et la logique conduisaient à conclure.

 

Pour l’Afrique subsaharienne, Sonnini nous dit que dans d’autres parties de ce continent, les chiens ne sont jamais attaqués par la rage. Et l’encyclographie des sciences médicales nous dit qu’au niveau du cap de Bonne Espérance (donc en Afrique du sud) la maladie est à peine connue. Vu qu’elle dit la même chose pour l’Egypte et l’Amérique du Sud, pour lesquels à peu près tous les autres disent qu’elle est totalement inconnue dans ces endroits, on peut penser qu’en réalité, en Afrique du Sud, elle était totalement inconnue aussi.

Clarke affirme qu’elle était inconnue au Ghana. Et Bingham dit qu’en fait, la rage était totalement inconnue en Afrique subsaharienne jusqu’en 1893.

Donc, là aussi, les choses sont claires. Il n’y avait pas de rage en Afrique subsaharienne avant l’arrivée des européens.

 

Concernant diverses zones de l’Europe, elle était donc extrêmement rare en Pologne selon Louis Francois Trolliet. L’encyclographie des sciences médicales dit que c’était le cas dans l’extrême nord de la Russie (à Arkhangelsk). Et aussi dans tous les pays au nord de Saint-Pétersbourg : c’est-à-dire à priori, la Suède, la Norvège, la Finlande et toute la partie ouest de la Russie situé au-dessus de Saint-Pétersbourg. Faugère-Dubourg dit la même chose pour la Grèce. On en entendait parler très peu en Allemagne selon Irving C. Rosse. Et il ajoute que Londres est peu atteint.

Faugère-Dubourg dit que les pays protestant sont plus réfractaires. Ce qui signifie apparemment que la maladie est présente, mais beaucoup plus rare qu’en Italie, France et Espagne. Et effectivement, les informations fournies par les autres auteurs vont dans ce sens. On s’aperçoit que l’Angleterre et l’Allemagne ont des cas mais peu, idem pour la Grèce ; et plus on s’éloigne de l’épicentre de l’invention du mensonge (Italie, France, Espagne), moins il semble y en avoir (Nord de la Russie, Finlande, Suède, etc…).

Et vu qu’en France, où la rage était considérée comme très présente, on n’avait que 19 morts par an (et donc 19 cas aussi, avec la théorie actuelle), on imagine le faible nombre de cas dans ces pays. Il devait y avoir un cas par an ou quelque chose comme ça.

Une fois de plus, on a une situation complètement anormale. Puisque la zone France-Italie-Espagne était très touchée, l’Allemagne aurait dû l’être également. Et ça aurait dû être encore plus le cas de la Pologne, qui, à l’époque, devait avoir de nombreuses forêts avec des loups. Même chose pour la Suède, la Finlande, la Norvège et toute la partie de la Russie au-dessus de Saint-Pétersbourg. Dans ces pays, les loups, les renards et autres carnivores sauvages devaient être légions. Donc, le fait qu’il y ait eu au contraire très peu de cas dans ces régions montre que cette maladie était une pure invention.

Les médecins protestants, moins influencés par la médecine suivie par les médecins catholiques (l’église était très puissante dans l’enseignement de la médecine dans les pays catholiques, et la médecine était pratiquée surtout par des religieux), devaient être beaucoup moins endoctrinés sur la rage. Même chose pour les gens du peuple. Par ailleurs, le rapport aux prédateurs devait être moins passionnel. Et sans l’hystérie sur la rage, on voyait naturellement beaucoup moins de cas.

On constate donc que la croyance est liée spécifiquement, non seulement à l’Europe, mais aux pays latins (Italie-France-Espagne). Dès qu’on sort de ce périmètre latin, la maladie commence à être beaucoup moins répandue, pour disparaitre carrément quand on sort de la zone européenne. Ce qui montre que l’invention de la rage vient essentiellement de l’église romaine et de la situation économique et culturelle de cette aire latine.

 

Concernant l’Amérique, tous étaient à peu près d’accord pour dire qu’en Amérique du sud, il n’y avait pas de rage. Faugère-Dubourg laisse aussi à penser qu’on disait que l’Amérique du nord en était exempte.

Mais, d’une façon générale, on laisse à entendre que seule l’Amérique du sud était concernée par l’absence de rage. Donc, elle aurait été présente uniquement en Amérique du nord. Seulement alors, comment se fait-il qu’elle ne se soit pas répandue en Amérique du sud ? Vu que c’est supposé se transmettre par morsure, ça aurait forcément atteint la partie méridionale rapidement. En voulant impliquer la partie nord de ce continent mais pas la partie sud, la médecine officielle de l’époque (et de maintenant) introduit un illogisme très important. Et d’autant plus important que ce sont principalement les chauves-souris qui communiquent soi-disant la maladie en Amérique du nord. Donc, avec des animaux capables de voler, l’extension de la maladie aurait dû être foudroyante. Mais on comprend bien que s’ils avaient considéré que l’Amérique du nord était exempte de la maladie, ça aurait commencé à faire beaucoup d’endroits où on n’en aurait jamais entendu parler.

 

Enfin, concernant l’Asie, Irving C. Rosse dit que la maladie était inconnue au Japon et en Corée.

Pour la Chine, je n’ai trouvé aucune référence indiquant la présence de la maladie avant le 20ème siècle. Personne n’en parle. Le problème, c’est qu’on dit actuellement que c’est un des pays les plus touchés par la rage (7.500 cas pour 60.000 au total dans le monde, soit 12,5 %). Donc, soit il n’y avait aucun cas avant le 20ème siècle, soit il y en avait, mais par le plus grand des hasards, personne n’en a parlé. Dans le premier cas, on se demande bien comment tout d’un coup, il y en aurait eu des tonnes.

En supposant que, malgré tout, la Chine ait été hautement infectée sans qu’on l’ait su, alors, il y a là-aussi un problème de cohérence. Si la Chine était infestée, comment se fait-il que la Corée en était totalement exempte ; et non seulement ça, mais que la maladie y ait carrément été inconnue ?

 

Donc, si on ne trouve pas la rage dans la plupart des pays non européens, c’est clairement qu’en réalité, cette maladie n’a jamais existé. Quand personne n’a de connaissance et donc de préjugés sur cette hypothétique maladie, personne n’est malade. Et si c’est le cas, c’est tout simplement que cette maladie est une pure invention. Pour l’attraper, il faut déjà que le patient ou/et le médecin croit qu’elle existe. Si on n’y croit pas, il ne se passe rien.

 

 

3)    Les énormes variations des caractéristiques de l’hydrophobie/rage

 

 

Un autre élément frappant qui révèle l’arnaque de la rage, c’est le fait que les caractéristiques de la maladie variaient fortement selon les auteurs et aussi que des caractéristiques reconnues par une majorité de médecins à une époque ont pu être abandonnées par la suite.

Ainsi, certains auteurs disaient que la rage pouvait apparaitre de façon spontanée, sans aucune morsure. Et bien sûr, ils avaient des exemples certifiés 100 % sûrs pour prouver la véracité de leurs dires.

C’est ce qu’on trouve dans Faugère-Dubourg, page 118 :

« On ne croit plus généralement, sauf de rares exceptions confirmant la règle, à la spontanéité de la rage chez l’homme, attestée jadis cependant par des savants tels que Béclard, Boisseau, Roche, Gorsy, Guérin, de Mamers, etc.« 

Certains disaient que les gens qui avaient la rage mordaient les autres personnes. Alors que d’autres disaient ça n’arrivait pas. C’est une idée totalement abandonnée maintenant. Et elle l’était déjà au temps de Faugère-Dubourg, donc en 1866, (page 118) :

« On ne croit plus à la transmissibilité du virus rabique de l’homme à l’homme…« 

La durée d’incubation de la maladie pouvait varier selon les auteurs, de quelques heures à une dizaine d’années. Alors que maintenant, on dit qu’il est impossible que la maladie se développe en moins de 2 ou 3 semaines.

« …et l’on se rirait de nous si nous évoquions aujourd’hui certains exemples d’incubation cités par les anciens auteurs, qui n’auraient pas duré moins de 10 et 20 ans. » (Faugère-Dubourg, p.47).

L’hydrophobie était considérée comme une caractéristique qui se présentait dans 100 % des cas. Alors que maintenant, on dit que ça arrive juste parfois.

Ainsi sur le site de l’Institut Pierre et Marie-Curie :

« L’hydrophobie est un signe évocateur mais non constant.« 

Ou sur le site de l’Institut Pasteur :

« La phase symptomatique débute souvent par une dysphagie (difficulté à avaler) et des troubles neuropsychiatriques variés, notamment l’anxiété et l’agitation. L’hydrophobie est parfois présente.« 

Certains disaient que la chaleur influençait son apparition. Par exemple, Faugère-Dubourg nous apprend (pages 118-119) que :

« On ne croit plus à l’influence de la température sur le développement de la rage, ce qui n’empêche pas, la tradition aidant, qu’en hiver, il ne soit extrêmement rare d’entendre signaler le moindre accident rabique.« 

(Au passage, vu qu’il s’agit d’une maladie virale, comment se fait-il qu’il n’y avait quasiment pas d’accidents en hiver ? Ça aurait dû arriver quelle que soit la saison. La réponse, c’est évidemment que puisque c’était une maladie imaginaire, ça se pliait aux diverses croyances des uns et des autres. Quand on voulait voir des cas, on en voyait, et quand on ne le voulait pas, on n’en voyait pas.)

On disait aussi que l’hydrophobie était transmissible par la simple salive, sans présence particulière de plaie. D’autres disaient qu’on pouvait l’attraper en mangeant de la viande de bête enragée. D’autres encore défendaient l’idée que la simple haleine pouvait la transmettre. Certains même que la simple vapeur d’un enragé pouvait le faire. Et là encore, tous juraient croix de bois croix de fer que c’était vrai et vérifié par de multiples exemples.

Dans le livre « Mémoire sur les causes de l’hydrophobie: vulgairement connue sous le nom de rage, et sur les moyens d’anéantir cette maladie », Bosquillon, 1802, page 16 :

« Ceci se passa en 1674, dans un temps où l’on était généralement convaincu que non seulement le contact, mais même la vapeur d’un hydrophobe, quoique privé de vie, pouvait communiquer la maladie. Cette idée était appuyée du témoignage d’une foule d’auteurs. Ces deux médecins crurent en conséquence devoir prendre la précaution de se munir de tous les préservatifs connus pour se mettre à l’abri de la contagion.« 

 

Une maladie qui affiche des caractéristiques aussi changeantes relève du n’importe quoi. Une telle chose montre clairement que la maladie existait surtout dans la tête des médecins. Du coup, ils pouvaient inventer des caractéristiques comme ils le voulaient.

Et les médecins qui parlaient de ça certifiaient tous avoir vu des cas confirmant leurs dires. Ça n’est pas comme s’ils avaient évoqué des choses dont ils auraient entendu parler de la part d’auteurs lointains ou anciens. Donc, certains certifiaient avoir vu des choses qui ne pouvaient pas exister. Ça en dit long sur la confiance qu’on pouvait avoir en eux.

 

 

4)    Les succès dans la guérison de la rage

 

 

On constate aussi que de nombreux auteurs ont donné ou rapporté des recettes contre l’hydrophobie. Recettes presque toutes plus délirantes les unes que les autres, si on les rapporte à la théorie officielle actuelle. Or, selon eux, ces recettes marchaient parfaitement. Une personne mordue pouvait tout à fait ne pas contracter la rage, même si le remède était utilisé des heures ou des jours après la morsure.

 

– Les remèdes de Pline l’ancien

Par exemple Pline l’ancien dit page 97 de son histoire naturelle :

« Ceux qui ont été mordus d’un chien enragé sont préservés de l’hydrophobie en frottant la plaie avec de la cendre d’une tête de chien. Or, pour le dire une fois (quand on veut avoir de cette cendre), il faut que tout soit brûlé de la même manière dans un vaisseau de terre neuf bien lutté tout autour avec de l’argile, et mis en cet état dans le fourneau.

Cette cendre, prise en boisson, fait le même effet, et quelque uns en font encore manger. D’autres attachent au col d’une personne mordue un ver tiré du cadavre d’un chien, ou mettent du sang menstruel d’une chienne sous le gobelet du malade, ou font entrer dans la plaie, de la cendre des poils la queue d’un chien (enragé).

Les chiens fuient un homme qui porte sur soi le cœur d’un de ces animaux, et ils n’aboient point après ceux qui portent une langue de chien dans leur chaussure immédiatement sous le pouce, ou la queue d’une belette qu’on a lâchée après l’amputation.

Il y a sous la langue d’un chien enragé un limon formé par la salive, qui, pris en boisson, préserve de la rage. Un remède beaucoup plus sûr encore, et de faire manger cru, s’il est possible, sinon cuit de quelque façon que ce soit, le foie du chien même qui a mordu, ou d’en faire avaler le bouillon. Dans la langue des chiens est un petit ver appelé lytta par les grecs : lorsqu’on l’a ôté aux jeunes chiens, ils ne deviennent point enragés et n’éprouvent jamais de dégout. Le même ver, après l’avoir fait tourner trois fois autour du feu, se donne à ceux qui ont été mordus d’un chien enragé, pour les empêcher de le devenir.

On prévient aussi de la rage en mangeant de la cervelle de coq ; mais elle ne préserve que pour l’année dans laquelle on la mange. Une crête de coq broyée, et de la graisse d’oie avec du miel, s’appliquent très efficacement, à ce qu’on dit, sur les morsures. On sale aussi de la chair des chiens qui ont eu la rage, pour en faire manger au besoin à ceux que l’on veut préserver. On fait de plus mourir dans l’eau de petits chiens du sexe de celui qui a mordu, pour en faire manger le foie cru à ceux qu’il a blessés.

La fiente de coq, mais seulement celle qui est rousse, appliquée avec du vinaigre, est encore bonne ; ainsi que la queue d’une musaraigne mise en cendre, pourvu qu’après l’avoir coupé on ait lâché l’animal vivant ; ainsi qu’un petit morceau de nid d’hirondelle dont on frette la plaie avec du vinaigre ; des petits d’hirondelle brûlés ; ou de la vieille peau dont un serpent s’est dépouillé au printemps, pilée avec une écrevisse mâle dans du vin.

… Telle est la force de la rage, qu’on ne marche point impunément sur l’urine d’un chien enragé, surtout si l’on a quelque ulcère. Le remède alors est d’y appliquer bien chaud du crottin de cheval arrosé de vinaigre et enveloppé dans une figue. »

Compte-tenu des connaissances officielles actuelles, on se dit qu’on nage en plein délire. C’est un festival.

Mais si la rage est une maladie qui n’existe pas, alors, avec n’importe quel traitement, même le plus délirant, les symptômes n’apparaissaient pas (sauf si justement, il s’agissait de médicaments entrainant des symptômes de type rage). Si des traitements qui n’auraient pas dû marcher fonctionnaient, ça va dans le sens du fait que la rage est une maladie imaginaire.

 

– Cornelius Celse

Dans le livre « Dictionnaire des sciences médicales, Volume 47 », Charles-Louis-Fleury Panckoucke (Paris), 1820, page 42 :

« Cornelius Celse définit la rage comme une maladie extrêmement fâcheuse, dans laquelle les malades sont à la fois tourmentés par la soif et par l’horreur des boissons. La description qu’il en trace brille de précision et d’élégance.

Il veut que lorsqu’un homme a été mordu par un chien enragé, on applique une ventouse sur la morsure, et qu’on brûle cette dernière si la partie le permet ; sinon, il conseille la saignée. Il dit que plusieurs médecins cherchaient à prévenir le développement de la rage en faisant mettre immédiatement après la blessure, le malade dans un bain, où il devait suer jusqu’à ce que ses forces l’abandonnassent, et où il fallait que la plaie restât à nu pour que le virus put s’en écouler avec le sang. Ensuite, l’on faisait boire beaucoup de vin généreux. On répétait les mêmes choses pendant trois jours ; après quoi, ajoute Celse, le malade paraissait hors de danger. Il parle aussi de jeter les malades dans l’eau froide, et de les mettre dans des bains d’huile chaude (De re. Medicâ, lib. V, sect. 12). »

Donc, Celse préconisait de brûler la plaie ou alors de faire une saignée, de faire prendre un bain à la personne, de lui faire boire beaucoup de vin. Tout ça pendant trois jours. Et là, le patient était guéri.

 

– Dioscoride

Dans le livre « Mémoire sur les causes de l’hydrophobie: vulgairement connue sous le nom de rage, et sur les moyens d’anéantir cette maladie », Bosquillon traduit le traité de Dioscoride (40-90 ap. JC) (page 9) :

« Ce genre de maladie est des plus terribles ; néanmoins nous avons guéri un grand nombre de personnes qui avaient été mordues par des chiens enragés, lorsque les symptômes d’hydrophobie ne s’étaient pas encore manifestés ; et nous savons que plusieurs médecins ont eu le même avantage.« 

Donc, Dioscoride dit que quand les symptômes d’hydrophobie n’étaient pas encore présents, on pouvait guérir la maladie.

Il donne ensuite le traitement contre la rage :

« Remèdes contre la morsure du chien enragé.

Aucun remède n’est plus efficace, étant administré immédiatement après la morsure, que deux parties de cendres d’écrevisses, mêlées avec une partie de cendres de gentiane. On peut recourir avec confiance à ce médicament : rien n’empêche néanmoins d’en tenter d’autres pour se mettre à l’abri d’un danger qui passe pour être inévitable. Il vaut mieux recourir, peut-être sans nécessité, à des moyens douloureux et cruels, que de s’exposer à périr par négligence. »

« .. Une ventouse, appliquée avec une grande flamme, peut aussi être fort utile pour émousser l’activité du venin. Mais de tous les moyens recommandés contre la morsure des animaux vénéneux, il n’y en a pas de plus puissant que le feu ; il surpasse non seulement tous les autres remèdes en efficacité, il dompte en outre le venin, il l’empêche de pénétrer plus loin, et l’état des parties qui ont éprouvé son action, favorise singulièrement le traitement qui doit suivre, parce que l’ulcère qui succède est long à se cicatriser. Il faut, pour cette raison, bien prendre garde quand l’escarre est tombé, que la plaie ne se resserre trop tôt ; ne rien négliger pour l’entretenir un temps convenable, quarante jours au moins, dans un état d’inflammation et de suppuration.« 

« Les remèdes que nous avons indiqués, les scarification et le feu surtout, ne conviennent que les premiers jours qui suivent la morsure.« 

Donc, là aussi, on est dans le n’importe quoi par rapport à la théorie officielle actuelle. Mais si la rage n’existe pas, alors, il est parfaitement logique que n’importe quel traitement, même le plus farfelu, ait réussi à éviter l’apparition de la maladie.

 

Alors, on peut dire que ces trois auteurs racontent n’importe quoi. Oui, mais alors, s’ils ont menti de façon aussi éhontée sur ça, rien n’empêche de penser qu’ils ont menti aussi sur la maladie elle-même. Or, comme il s’agit de 3 des 4 auteurs ayant parlé de transmission à l’homme durant la période romaine (vers 0-100 après J.C), ça implique que la version disant qu’on a commencé à parler de la maladie à cette époque est remise en question. Et puisque les auteurs du début et du milieu du moyen-âge ne faisaient que reprendre les écrits antiques, ça fait remonter pratiquement la « découverte » de la maladie humaine à la fin du moyen-âge, c’est-à-dire à une époque où il y avait de solides raisons d’inventer cette maladie.

 

– La clef de Saint-Hubert

Jusqu’au 19ème siècle, dans le nord de la France, les gens croyaient aussi à l’efficacité de la clef de Saint-Hubert. Il s’agissait d’une relique catholique en laiton datant soi-disant du 8ème siècle, mais en réalité du 13ème siècle, au mieux. Selon Wikipédia : Tandis que saint Hubert célébrait la messe à Rome, saint Pierre lui apparut et lui remit une clef d’or « comme signe de son pouvoir de lier et de délier, ainsi que de guérir les fous et les furieux« . Il semble qu’on apposait la clef sur le front de la personne mordue en récitant des prières. Et pour les chiens, on la faisait chauffer au rouge et on l’appliquait sur le museau. C’était apparemment très populaire. Et bien sûr, c’était considéré comme tout à fait efficace.

Dans le livre critiquant la théorie officielle au début du 19ème siècle, « Mémoire sur les causes de l’hydrophobie: vulgairement connue sous le nom de rage, et sur les moyens d’anéantir cette maladie », M. Bosquillon (Edouard-François-Marie), Gabon (libraire place de l’école de médecine), 1802, 32 pages, page 28 :

« … enfin, les clefs destinés à ouvrir les portes de certains temples. Des observations sans nombre prouvent que de légères brulures pratiquées avec une clef de ce genre, ont toujours suffi pour guérir, et même pour préserver à jamais de la maladie, non seulement les hommes, mais même les animaux, dans tous les pays où les peuples étaient parfaitement convaincus que la divinité daignerait venir à leur secours dans ces circonstances fâcheuses ; tandis que dans tous les autres endroits où la croyance n’était pas la même, les brulures les plus profondes n’ont jamais été d’aucune efficacité. »

Donc, d’innombrables observations ont montré que la clef de Saint-Hubert était parfaitement efficace.

Au passage, cette histoire de clef de Saint-Hubert (et il semble y avoir eu d’autres) implique que l’église catholique avait intérêt à maintenir la superstition concernant la rage. Via les clefs, ça maintenait la croyance dans la religion. On comprend pourquoi l’église a participé à maintenir cette légende de la rage.

 

– L’omelette guérisseuse

Dans le midi de la France, il s’agissait cette fois d’une omelette. Elle était préparée d’une certaine façon (elle contenait entre autres de la poudre de coquilles d’huitres), apparemment souvent par des guérisseuses. Et là aussi, ça marchait. Faugère-Dubourg dit à son propos : « qu’on rit de cette panacée de vieille femme, je le veux bien, mais qu’on n’en conteste pas les merveilleux effets. Il n’y a gère d’exemple d’homme devenu enragé après avoir mangé l’omelette en temps opportun ; encore ce temps varie-t-il suivant les localités, de deux jours à un mois« . Donc, là encore, on avait remède qui marchait parfaitement bien.

 

On trouve d’ailleurs sur ce site (M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur, Dr Lutaud, rédacteur en chef du journal de médecine de Paris, 1887, page 86) le témoignage suivant :

« J’exerce la médecine à Meyssac(Gorrèze) et plus tard à Saint-Céré (Lot) depuis 33 ans : je voyage assez régulièrement, dans un rayon de 20 à 30 kilomètres autour de ma résidence. J’ai la certitude qu’il y a eu assez souvent autour de moi des chiens hydrophobes qui ont même communiqué la rage à une vache, une autre fois à un taureau, mais bien souvent à d’autres chiens ; il ne se passe guère d’années sans que la municipalité se voie dans la nécessité d’ordonner d’abattre les bêtes mordues et de museler les chiens qui doivent paraître dans les rues. Cinq ou six fois j’ai eu à cautériser des plaies faites aux mains ou aux bas des jambes par des chiens crus enragés. Il ne m’a jamais été donné d’observer un cas de rage humaine.

Faut-il vous raconter que dans nos contrées les sujets mordus (bourgeois ou paysans) ne manquent pas de se rendre chez un empirique des environs de Souillac (Lot) pour y manger (comme moyen préventif) une omelette que l’on prétend faite avec de la poudre d’huîtres mâles ! Je crois pouvoir attribuer à ce fait le petit nombre de sujets que mes confrères et moi avons à cautériser.

Agréez, etc.

Dr Brun.« 

Donc, si les gens ne venaient quasiment jamais voir le médecin, c’est parce qu’ils prenaient l’omelette en question. Et celle-ci marchait toujours. Les quelques cas que ce médecin a traités venaient probablement de personnes ne croyant pas à l’omelette et qui sont donc venues directement le voir. Peut-être aussi que certaines avaient des blessures relativement profondes et se sont dit qu’il valait mieux se faire opérer.

A noter d’ailleurs, qu’aucun des 5 ou 6 cas cautérisés n’a développé la rage, soit 100 % de réussite. Ce qui va dans le sens des chiffres donnés dans la section suivante.

 

– Cautérisation de la plaie

Une méthode qui semblait particulièrement utilisée était la cautérisation de la plaie au fer rouge ou/et avec des produits chimiques divers.

C’est ce qu’on trouve dans le « Traité de matière médicale et de thérapeutique appliquée à chaque maladie en particulier, Volume 2« , François Foy, 1843, page 117 :

« Le préservatif le plus certain de la rage non confirmée, c’est sans contredit la cautérisation des plaies, morsures, déchirures, etc., avec le cautère actuel, et l’entretien de la suppuration des blessures.« 

 

Et dans le livre « Cases and cures of the hydrophobia: selected from the Gentleman’s magazine [1735-1805] », Stace, 1807, page 41, on a :

« La méthode de soin pour guérir de la morsure d’un chien enragé de M. Ingram :

Aussitôt que possible après qu’une personne ait été mordue, un fer rouge devrait être appliqué sur la blessure.

… Pour montrer la sureté de cette méthode de soin, M. Ingram observe que dans une saison de l’année, les chiens des Antilles sont particulièrement sujets à la rage. Durant cette saison, dit-il, j’ai vu un grand nombre de noirs être mordus par ceux-ci. Les 10 premiers ont tous été cautérisés, et aucun n’a développé la maladie. Une autre année proche de la première, 20 ont été mordus en un jour ; 19 ont été soignés et n’ont pas développé la maladie ; le 20ème n’a pas voulu subir la cautérisation ; l’hydrophobie est arrivée et il est mort enragé. Il ajoute qu’il a vu plus de 200 personnes soignées et n’ayant pas développé la maladie avec la méthode qu’il décrit.« 

Donc, ici, la cautérisation marchait 100 % du temps.

Seulement problème : comme la brulure n’était réalisée que plusieurs heures plus tard, au mieux, et souvent plusieurs jours ou semaines plus tard, le virus avait donc tout le temps d’infecter le corps. Alors, comment ce remède pouvait-il être efficace ? Eh bien, il ne pouvait pas l’être. Mais comme la rage n’était affaire que de croyances, et que les gens croyaient à l’efficacité du remède, ils ne développaient pas de symptômes.

 

Dans « M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur », Dr Lutaud, page 91 (ici) :

« Néanmoins, enhardi par les exemples déjà nombreux de vos correspondants, je viens vous dire, aussi, que, exerçant dans le Lot-et-Garonne depuis près de 40 ans, j’ai eu bien des fois l’occasion de voir des individus mordus par des chiens, quelquefois par des chats bien et dûment enragés. Je les ai cautérisés soit avec le nitrate d’argent, soit avec l’acide phénique, soit avec la teinture d’iode, très rarement avec le fer rouge. Les uns peu après l’accident, d’autres au bout de 24 et même 48 heures, et je n’ai jamais vu survenir un seul cas de rage. Je suppose que mes confrères de la contrée ont dû, comme moi, avoir eu leur bonne part d’individus mordus et j’affirme n’avoir jamais entendu dire qu’un seul cas de rage se soit présenté dans un rayon de 40 lieues et plus.

Quand il est question de rage on se rabat encore sur un cas qui aurait eu lieu dans notre région, il y a plus de 80 ans, chez une demoiselle qu’on étouffa entre deux matelas.

Dr Gipoulou

Libos, 28 juin 1886″

Donc, là aussi, il y a utilisation de la cautérisation avec 100 % de réussite.

Et ce qui est notable, c’est qu’un taux de réussite aussi important ne semble pas le moins du monde anormal pour les auteurs, au contraire. Donc, ça signifie que cette méthode de soin « standard » avait d’ordinaire un taux de réussite similaire.

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